LES EVANGILES CANONIQUES

Publié le par replika

salam alaykoum .

ntroduction

Dans l'analyse qui suit nous nous efforcerons de mettre en lumière les trois lectures possibles des textes correspondant chacune à un paradigme ; nous comparerons ainsi les points de vue  rationalistes et mythiques que nous  essaierons de confronter à la lecture chrétienne classique. Nous relèverons également les contradictions les plus importantes entre les trois synoptiques et nous essaierons enfin de confronter les récits avec les connaissances historiques dont nous disposons sur cette époque ainsi que sur les personnages qui sont censés y avoir  joué un rôle.

Les contradictions relevées sont de deux sortes:

-          Les contradiction primaires qui rendent inconciliables les points de vue des narrateurs (par exemple lorsque les événements relatés sont très différents).Celles-ci jettent un doute important sur l'authenticité des événements en question et prêchent fortement en faveur de l'hypothèse du mythe.

-          Les contradictions secondaires qui sont mineures et peuvent s'expliquer par des points de vue différents mais conciliables d'un même événement.

 

La Nativité

Le récit de la nativité commence dans l'évangile de Matthieu par une longue description de l'ascendance de Jésus. Une deuxième  généalogie se retrouve dans l'évangile de Luc (3-23).Il s'agit en fait pour les évangélistes de retracer la filiation d'Abraham à Jésus (ou même d'Adam à Jésus dans Luc) en passant par David ceci afin de bien montrer que la naissance du Messie remplit une prophétie de l'Ancien Testament stipulant que ce dernier doit être un descendant du roi David. Ces deux généalogies sont surprenantes pour deux raisons:

à Elles sont contradictoires (Il y a désaccord sur presque tous les noms)

à Elles concernent toutes les deux Joseph qui en est le dernier maillon. Or Joseph n'étant pas le vrai père de Jésus la filiation depuis David (à supposer que l'une des deux généalogies soit exactes) est totalement sans objet.

Pour certains experts ces généalogies seraient antérieures au récit de la virginité plus tardif ce qui expliquerait l'apparente contradiction.

L'annonce de la naissance de Jésus est faite tantôt à Joseph (Matthieu 1-20) tantôt à Marie (Luc 1.26).L'un comme l'autre connaissent donc dès le commencement la vrai nature de leur fils ainsi que le rôle que celui-ci doit jouer. Il aura le trône de David et régnera sur la maison de Jacob (Luc 1-32 et 1-33),deux prophéties qui ne se réaliseront pas.

 

Les éléments nous permettant de situer la naissance de jésus dans l'histoire sont les suivants:

Jésus est né au temps du roi Hérode le Grand selon Matthieu (Matthieu 2-1)

Jésus est né pendant le recensement général ordonné par Auguste (Luc 2-1)

Jésus est né alors que Quirinius était gouverneur de Syrie (Luc 2-2)

Ces éléments posent de graves problèmes pour l'établissement d'une date même approximative de la naissance de Jésus. En effet Hérode est mort en l'an 4 avant JC alors que Quirinius n'entre en fonction qu'en l'an 6 après JC.

D'autre part il n'y a aucune trace d'un quelconque recensement général ordonné par l'empereur Auguste. Seul un recensement pour impôt est ordonné en Judée par Quirinius en 6. Ce recensement qui a entraîné des révoltes en Palestine est rapporté par Flavius Joseph dans les Antiquités Juives.

Trois arguments avancés par les apologistes chrétiens veulent rendre justice à Luc :

. Publius Sulpicius Quirinius aurait gouverné une première fois la Syrie en 9-8 avant JC si l'on en croit les inscriptions découvertes sur une pierre à Antioche en Syrie en 1912 . En fait l'inscription fragmentaire établit simplement que Quirinius aurait joué un rôle militaire en Asie mineure vers cette époque. Certains en ont déduit qu'il aurait alors pu remplir les fonctions de gouverneur de Syrie par la même occasion et conduire un premier recensement.

. Un papyrus égyptien datant du début du 2ème siècle (London Papyrus) mentionnerait l'obligation pour un résident de retourner vers son lieu de naissance pour se faire recenser confirmant ainsi le récit de Luc. Ce fait est souvent cité comme argument pour nier la réalité du recensement dont il est question. En effet on comprend mal pourquoi les autorités romaines auraient exigé que les ressortissant d'une province aille se faire recenser sur leur lieu de naissance alors qu'il était bien plus simple de le faire sur le lieu d'habitation. L'authenticité établie (?) de ce détail pourrait indiquer que Luc relate bien des évènements réels.

. Les romains procéderaient à un recensement tout les 14 ans ce qui situerait celui de Luc vers l'an 8 avant notre ère c'est à dire bien sous le règne d'Hérode. Cet argument est affaibli par le fait qu'il faudrait alors expliquer pourquoi les romains auraient procédé à un recensement dans une province non directement administrée par eux contrevenant ainsi à leurs lois. La Judée n'est devenu province romaine qu'en 6 après JC.

En fait les spécialistes sont très divisés sur ces arguments et de ce fait il est aujourd'hui bien difficile d'adopter à leur égard une opinion définitive. Il est assez vraisemblable de croire que Luc parle du recensement de l'an 6 époque ou Quirinius est bel et bien gouverneur de Syrie (c'est du moins l'hypothèse qui colle le plus simplement avec les faits)

On peut donc penser (paradigme chrétien et rationaliste) qu'à quelques détails près (?) Luc nous laisse un récit historique assez précis pour être considéré comme authentique apportant ainsi la preuve que la naissance de Jésus n'est pas un événement mythique.

On peut tout aussi bien conjecturer que les contradictions relevées entre les récits des deux évangélistes sont assez graves pour démontrer le caractère d'invention des récits que leur narrateurs par souci de vraisemblance ont truffé de détails d'époque sans prendre toujours la précaution d'en vérifier la fiabilité.

Une étude plus approfondie de cet épisode du recensement et de la controverse à propos de la date de naissance de Jésus peut être trouvé sur le site : http://humanist.net/~ltaylor/bible-notes/luke-two.html

 

L'apparition de l'étoile de Bethlehem est également utilisé par les spécialistes des paradigmes chrétiens et rationalistes pour affiner la date de naissance de Jésus. L'hypothèse de base étant dans ce cas l'existence d'un événement astronomique remarquable qui pourrait être assimilé à l'étoile de Bethlehem.

Plusieurs hypothèses ont été envisagées. Parmi les plus célèbres on peut citer:

-          La triple conjonction de Jupiter et Saturne qui a eu lieu en 7 avant JC dans la constellation des Poissons.

Le signe zodiacal du Poisson étant celui attribué au peuple Juif et Jupiter la planète annonçant la naissance d'un roi on voit sans peine la signification qu'a pu revêtir un tel événement aux yeux des astrologues de cette époque.

Gérald Messadier souligne cette coïncidence dans son livre .

L'ennui avec cette hypothèse c'est qu'il faut admettre que les rois mages astrologues aient pu confondre une étoile avec une conjonction planétaire (ce qui fait d'eux de piètres observateurs) et que l'on comprend mal comment une conjonction de Jupiter et de Saturne aussi remarquable soit elle  puisse indiquer avec précision aux voyageurs astrologues le lieu exact de la naissance de Jésus comme il est reporté dans Matthieu.

Si nous lisons le texte le plus simplement du monde nous voyons qu'il y est question de l'astre annonçant la naissance du Roi des Juifs qui précède les rois mages et qui vient s'arrêter au dessus de l'endroit où est l'enfant (Matthieu 2-9): Quoi que l'on dise on est bien plus proche avec cette description d'un récit mythique comme on peut en lire dans bien des contes pour enfants que de la description d'un événement astronomique.

-          Le regroupement de Jupiter Saturne et Mars qui a eu lieu en 6 avant JC:

-          Dans un livre récent  intitulé The Star of Bethlehem: The Legacy of the Magi

 Michael R. Molnar insiste sur la signification particulière de l'occultation de Jupiter par la Lune survenu en 6 avant JC dans la constellation du Bélier sensée symbolisée elle aussi la nation d'Israël. Après un déplacement  remarquable dans ce signe zodiacal Jupiter serait venu s'immobiliser dans le ciel aux alentours du 19 Décembre de l'an 6 avant notre ère remplissant ainsi parfaitement la description qu'en donne Matthieu dans son évangile.

-          Une Comète en l'an 5 avant JC. Parmi tous les candidats potentiels la comète est sans nul doute le plus crédible pour jouer le rôle de l'astre "baladeur" guidant les rois mages venus de l'est vers le lieu de naissance de Jésus.

-          Une Nova : Cette hypothèse émise par Johannes Kepler vient rejoindre une observation faite par des astronomes Chinois en l'an 5 avant notre ère. En fait il pourrait s'agir de la comète reportée ci-dessus. Cet astre (comète ou Nova) serait resté visible pendant environ 70 jours.

Toutes ces hypothèses nous montrent combien il peut être aventureux de vouloir a tout prix chercher une explication rationnelle d'un événement très certainement mythique. Certains auteurs toutes croyances confondues font d'ailleurs remarquer judicieusement que personne à part les rois mages ne semble avoir remarqué l'étoile en question (Ni Hérode ni les bergers décrits par Luc).

L'explication mythique est dans ce cas précis de loin la plus simple et satisfait par la même au principe d'économie du rasoir d'Ockham évoqué en introduction. Pour plus d'informations sur ce sujet on peut consulter les pages WEB suivantes:

http://www.csis.org.uk/Articles/Papers/Paper7/paper7.htm pour l'hypothèse de la comète

http://www.eclipse.net/~molnar pour l'hypothèse de Molnar

http://www.gi.alaska.edu/ScienceForum/ASF13/1315.html pour des informations plus générales.

 

Dans Matthieu il est question de deux événements célèbres qui posent de sérieux problème aux adeptes des explications rationnelles et bien sur chrétiennes. Il s'agit du massacre des enfants de moins de deux ans ordonné par Hérode dès que celui-ci apprend la naissance du Messie (2-16).Cet épisode macabre décidé par Hérode est resté totalement inconnu des historiens et notamment de Flavius Joseph qui s'est pourtant attaché à décrire avec précision tous les faits marquants ayant eu lieu pendant les années du règne de ce monarque qui fût tout sauf éclairé. L'épisode est absent aussi des autres évangiles et notamment de celui de Luc qui n'est pourtant pas avare de détails concernant le récit de la nativité.

Cet épisode ressemble trop à celui qui affecta le jeune Moïse et qui semble se reproduire à chaque naissance d'un "sauveur" ou d'un grand homme pour que l'on puisse éviter de le ranger dans la catégorie des récits mythiques.

Il conditionne totalement la suite du récit de Matthieu qui justifie ainsi un prétendu voyage effectué par Joseph Marie et l'enfant jésus en Egypte afin d'échapper au courroux du souverain. Les rationalistes discuteront sans fin sur la faisabilité d'un tel voyage et ses circonstances…Il faut s'arrêter un moment sur ce récit pour noter un fait plus important: Cet événement est en parfaite contradiction avec le récit de Luc concernant la présentation au Temple. Selon celui-ci en effet les parents de Jésus conduisent  le nouveau né au Temple comme le veut  la coutume afin de" consacrer ce premier né au Seigneur" (Luc 2-23).La cérémonie qui a lieu en présence de Syméon et d'Anne est décrite avec beaucoup de  détails.

Cette contradiction "primaire" tend à prouver que l'un au moins des deux récits est erroné pour ne pas dire inventé. C'est logiquement l'hypothèse la plus simple même si pour les rationalistes et les chrétiens on peut en évoquer d'autres afin de sauver la cohérence des deux récits comme par exemple que les deux événements ont pu se dérouler à des moments différents mal perçus par les deux narrateurs.

Comme on le verra plusieurs fois par la suite c'est toujours la grille de lecture mythique qui est la plus claire et la plus simple. Les deux autres doivent s'efforcer en permanence de composer avec le texte soit pour ré-ordonner les événements selon une chronologie plus vraisemblable soit pour habiller la fable avec le manteau de la description romancée.

 

Dans le récit de Matthieu on comprend que Joseph et Marie viennent s'installer à Nazareth à leur  retour d'Egypte (Matthieu2-23) tandis que chez Luc ils sont partis de Nazareth où ils vivaient pour ce rendre à Beethlém (Luc-4).

Bien qu'il s'agisse pris isolément d'une contradiction que l'on peut qualifier de secondaire ce détail quant au rôle joué par Nazareth dans chaque récit s'inscrit logiquement dans la trame des récits de chaque narrateur.

Nazareth comme destination et point d'aboutissement du périple égyptien pour Matthieu. Nazareth comme point de départ du recensement de Quirinius pour Luc. On est bien par la même en présence de deux  récits différents que seul le paradigme mythique peut facilement justifier.

 

A plusieurs reprises dans l'évangile de Matthieu il est question de prophéties qui doivent se réaliser.

Matt 1-23,Matt 2-6,2-15 et 2-18 et enfin Matt 2-23.Ces prophéties ou oracles qui ponctuent le récit de manière périodique se retrouveront tout au long des évangiles comme autant de balises pour guider le lecteur qui pourrait être perplexe devant les événements incroyables qui lui sont narrés.

Bien sur pour les croyants ces petits rajouts sont autant de signes envoyés par Dieu pour confirmer le caractère sacré du message délivré et mettre en lumière le dessein du créateur. Pour les rationalistes qui cherchent à tout pris à expliquer les événements bibliques en les débarrassant de leurs oripeaux irrationnels, il est difficile d'expliquer comment des événements annoncés par des oracles ont pu effectivement se produire comme par magie au moment le plus opportun et en des lieus attendus.

Bien évidemment les prophéties s'expliquent de manière plus naturelle si l'on part du point de vue opposé selon lequel c'est le récit qui sert d'illustration à celles-ci.

Entre la Nativité et la Passion

L'épisode de Jésus en train de converser avec les docteurs de la foi est le seul  des évangiles canoniques qui se rapporte à l'enfance de Jésus.

L'élément surprenant dans cette histoire n'est  pas tant l'invraisemblance de la situation dans laquelle un jeune garçon de douze ans se trouve paisiblement à participer à une réunion avec des religieux mais plutôt dans l'incompréhension de ses parents pourtant avertis dès sa naissance de sa véritable nature.

Jean Baptiste  annonce l'arrivée de Jésus en des termes sans équivoque (Matt 3-11):Il baptise les gens mais son baptême dans les eaux du Jourdain n'est que le prélude de celui que Jésus effectuera avec l'esprit saint.

Il faut rappeler que dans l'évangile de Luc la naissance de Jean baptiste est annoncée à grand renforts d'événements miraculeux (l'Ange du Seigneur Gabriel en personne avertit Zacharie que sa femme pourtant vieille enfantera et devant le scepticisme de celui-ci lui ôte la vue jusqu'à la naissance de l'enfant).

Nous passerons sur ce récit qui n'est pas sans rappeler toutes les naissances extraordinaires auxquelles l'Ancien Testament nous a habitué (Sarah ou la mère de Samson par exemple);Ce qui est ici troublant c'est le rôle énigmatique que les évangélistes font jouer au personnage de Jean Baptiste. En effet en fonction des éléments cités ci-dessus on pourrait s'attendre à ce que jean Baptiste soit le premier disciple de jésus lui qui connaît si bien la mission de ce dernier y ayant été préparé en quelque sorte depuis sa naissance. Or curieusement Jean Baptiste ne fera même pas partie des douze et doutera même un moment de Jésus  (lorsqu'il enverra quelqu'un demander à Jésus s'il est vraiment le Messie Luc 6-19).

Ces contradictions sur le fond se retrouvent chez les trois évangélistes (la concordance des trois récits est tellement frappante qu'il ne s'agit évidemment pas de témoignages indépendants).

Jean Baptiste annonce la venue de Jésus mais en même temps ne le suit pas.

Si Jean Baptiste a réellement existé (son existence n'est guère plus certaine que celle de jésus mais comme son rôle est relativement secondaire il n'est pas nécessaire de la mettre en doute) son attitude demeure énigmatique tant dans le paradigme chrétien que dans le paradigme rationaliste. 

 

 Une lecture chronologique des événements marquants de la vie de Jésus entre le début de son ministère en Galilée et son entrée à Jérusalem montre qu'il n'existe principalement que deux séries d'événements qui se succèdent ou s'entrelacent dans un ordre variable selon tel ou tel évangile: Il s'agit des miracles et des paraboles.

Si Jésus a réellement existé il faut croire qu'il a passé le plus clair de son temps à s'adonner à l'une ou l'autre activité. Ces deux éléments constituent l'aspect le plus frappant des textes et confère à ceux-ci une étrangeté et un mystère qui ne cessent d'aiguiser notre curiosité. Bien évidemment ces événements sont sensés avoir eu lieu il y a près de deux mille ans à une époque qu'il nous est bien difficile de comprendre mais il faut bien avouer que l'impression générale que l'on retire de la lecture à l'état brute des textes (sans commentaires) peut se résumer à ceci: Il ne s'agit pas du récit de la vie d'un homme fût-il aussi extraordinaire que certains le prétendent.

Ces récits n'ont rien en commun avec les tentatives de réécritures d'auteurs rationalistes désireux de  redonner un "peu d'humanité" au personnage. L'impression générale qu'il s'agit ou bien d'un Dieu comme le prétendent les chrétiens ou bien d'un mythe sort renforcée de la confrontation avec le texte.

Bien des vies de Jésus ont été réécrites dans le paradigme rationaliste pour atténuer le côté extra-humain du personnage mais celles-ci sont trop éloignées des évangiles pour être crédibles. On ne peut pas atténuer l'effet des miracles ou diminuer leur nombre tant ces événements jouent un rôle considérable dans les évangiles. Quant aux paraboles rien ne permet logiquement de penser que des témoins directs ou indirectes aient pu mettre de telles phrases dans la bouche de Jésus (et de plus si longtemps après sa mort).

Les miracles se décomposent de la manière suivante:

-     Les guérisons miraculeuses

-          Les résurrections (Lazare et les autres)

-          Les "autres miracles" (multiplication des pains,marche sur l'eau)

Nous analyserons ensuite les problèmes posés par les enseignements de Jésus.

 

. Le premier élément frappant à propos de ces guérisons est leur nombre élévé.

Jésus guérit beaucoup de démoniaques (Matt 8-16)

Jésus parcourt des villes et des villages en guérissant toute maladie et toute langueur (Matt 9-35)

Jésus guérit des foules nombreuses (Matt 15-30)

. Tous les types de maux sont guéris par Jésus

Jésus guérit des malades atteints de maux divers (Luc 3-40)

Les principales guérisons concernent :

-          Des aveugles qui recouvrent la vue (Matt 9-27,Marc 8-22,Luc18-35) .Il est même précisé qu'il peut s'agir d'aveugles de naissance (Jean 9).

-          Des sourds-muets (Matt 9-35)

-          Des épileptiques (Matt 17-14)

-          Des boiteux (Matth 21-14)

-          Des paralytiques (Luc 5-17,Jean 5-1)

-          Des Lépreux (Luc 17-11)

-          Des Possédés (Marc 5-1,Luc 3-33,Marc 7-24)

-          Des maux divers (Homme à la main sèche Luc 6-6,serviteur d'un centurion Luc 7-1,Guérison d'une hémorroisse Marc 5-21)

La multiplicité des guérisons rapportées rend caduque l'hypothèse soutenue par la plupart des rationalistes selon laquelle tous les maux guéris par Jésus seraient en fait des maladies psycho-somatiques sans lésions réelles.

D'une part il convient de noter que même si cela était vrai l'exploit accompli par Jésus  serait quand même remarquable car on a jamais vu dans toute l'histoire une telle accumulation de pareilles guérisons en si peu de temps du fait d'un seul individu. Mais il est encore plus invraisemblable que toutes ces personnes atteintes des maux les plus divers puissent être rangées dans la catégorie des malades psychosomatiques à une époque où les vraies maladies devaient être bien plus nombreuses qu'aujourd'hui .

Il est tentant d'essayer par tous les moyens d'atténuer le caractère miraculeux de l'acte de guérison en refusant de lire le texte au premier degré pour tenter d'extraire de l'impossible un élément rationnel. On voit ainsi Gérald Messadier essayer de nous expliquer comment Jésus guérissait les aveugles en leur nettoyant les yeux pour y retirer la boue qui les empêche de voir. Même si cette explication peut satisfaire un cas ou deux il ne faut pas oublier que le texte est suffisamment non ambigu sur certains détails sans doute pour dissuader des détracteurs potentiels (Guérison de l'aveugle né dans Jean 9).Parfois la guérison a lieu sans intervention directe de Jésus (Guérison d'une Syrophénicienne  Marc 7-24).L'évangéliste veut ainsi montrer sans ambiguïté qu'il y eu miracle sans doute pour éviter des tentatives d'explication où le surnaturel serait absent.

La faiblesse des arguments rationalistes dans ce cas consiste à admettre que la même personne qui a eu tant le souci du détail pour nous raconter des "événements réels" se trompe complètement dès qu'il s'agit de raconter un miracle. Tromperie volontaire ou involontaire selon les auteurs, l'explication est boiteuse et colle mal avec le reste du texte. Seul l'interprétation faible du rationalisme qui rejette l'ensemble des événements miraculeux peut sauver momentanément le paradigme de cette incohérence. Mais avec le risque de se rapprocher de très près du paradigme mythique car comme on aura l'occasion de le re-préciser s'il s'avère que l'on doive retirer une part trop importante des textes (et les miracles constituent une partie non négligeable des quatre évangiles) c'est toute la crédibilité du témoignage qui se retrouve ipso facto en cause. Il ne reste plus alors qu'à simplement postuler l'existence de Jésus tout en rappelant que l'on ne peut rien savoir concernant sa vie, position très voisine de celle du mythe.

 

On trouve dans les évangiles plusieurs récits de morts ressuscités par Jésus:

-          Résurrection de la fille de Jaïre (Marc 5-23)

-          Résurrection du fils de la veuve de Naïn (7-11)

-          Résurrection de Lazare (Jean-11)

Il s'agit ici des résurrections accomplies par Jésus auxquelles il conviendrait d'ajouter la sienne et celles des morts le jour de la crucifixion.

La résurrection de Lazare est celle qui est décrite avec le plus de détails; l'évangéliste nous précise que Lazare est décédé depuis quatre jours et qu'une odeur forte commence à se faire sentir ;ce détail encore une fois est destiné à persuader le lecteur qu'il ne s'agit pas d'un fait pouvant s'expliquer de manière plus simple comme par exemple en supposant que Lazare était simplement tombé dans un coma profond mais qu'il n'était pas vraiment mort.

C'est pourtant l'explication préférée des rationalistes qui feignent de ne pas remarquer que même dans ce cas "extraordinaire" l'acte accompli serait quand même tout à fait incroyable. On a rarement vu en effet dans toute l'histoire de la médecine un comateux se rétablir brusquement en obéissant simplement aux injonctions d'une tierce personne.

Encore une fois les rationalistes devront préférer l'explication de l'invention pure et simple quitte à affaiblir un peu plus la crédibilité du témoignage.

 

Jésus accomplit encore bien d'autres miracles dont l'accumulation constitue un vrai problème pour les tenants du paradigme rationaliste selon lesquels ces actes surnaturels sont bien sur impossibles. Seule la thèse du mythe et bien sur la thèse chrétienne restent cohérentes par rapport à ces faits.

-      La tempête apaisée (Marc 4-35):Jésus a le pouvoir de commander aux éléments (mer et vent) de se calmer

-          Première multiplication des pains (Marc6-30): Jésus nourrit 5000 personnes avec 5 pains et 2 poissons.

-          Jésus marche sur les eaux (Marc 6-45)

-          Deuxième multiplication des pains (Marc 8-1) : Jésus nourrit 4000 personnes avec 7 pains et quelques poissons. Notons au passage quelque chose de surprenant sur ce deuxième récit identique (au nombre de pains près) au premier récit. Les disciples qui ont assisté à la première multiplication (qui a du constitué un événement plus que mémorable) semblent ne pas s'en souvenir puisqu'ils demandent une nouvelle fois à Jésus comment ils peuvent trouver la quantité de pains nécessaire pour nourrir cette nouvelle multitude.

-          La transfiguration (Marc 9-2): il ne s'agit pas à proprement parler d'un miracle accompli par Jésus mais plutôt d'un événement surnaturel dans lequel celui-ci est impliqué en compagnie de Moïse et d'Elie avec en final une intervention directe de Dieu par le biais de la traditionnelle nuée.

-          Jésus transforme l'eau en vin aux noces de Cana (Jean 2).

 

En conclusion on peut réaffirmer que les événements surnaturels constituent une part importante des évangiles qu'il n'est pas possible d'ôter sans affaiblir considérablement la véracité du témoignage des apôtres. Pour les rationalistes qui tiennent à démontrer l'existence historique de Jésus en insistant sur le souci du détail  dont ont  fait preuve les évangélistes dans leur description des événements en question il y a là un vrai problème de cohérence. Ce problème n'existe pas dans les deux autres paradigmes puisque pour les chrétiens les miracles se sont réellement produits tels qu'ils sont décrits et pour les tenants du mythe ils ne sont qu'invention.

 

Un petit paragraphe pour noter un fait important qui ressort de la lecture de cette partie des Evangiles à savoir la renommée impressionnante qui entoure Jésus au travers de ses voyages en Galilée et ailleurs.

-          Les deux épisodes de la multiplication des pains ont montré que plusieurs milliers de personnes suivaient parfois Jésus afin d'entendre ses paroles.

-          Sa renommée gagne la Syrie (Matth 4-24)

-          Des foules nombreuses le suivent (Matt 4-25)

-          Hérode et Jésus (Marc 6-14) : "Le roi Hérode entendit parler de lui car son nom était devenu célèbre".

-          Les foules à la suite de Jésus (Marc 6-17) : Une grande multitude de gens viennent l'entendre de Judée,de Jérusalem de Tyr et de Sidon.

La renommée de Jésus est principalement due aux nombreux miracles qu'il accomplit en parcourant le pays ainsi qu'au contenu surprenant et novateur de son discours.

Une question essentielle se pose en guise de conclusion à cette renommée. Pourquoi aucun historien ou observateur de l'époque  n'a-t-il mentionné Jésus ? A part les quelques allusions pseudo-historiques que nous analyserons plus loin personne n'a cru bon de simplement citer Jésus comme une personne de cette époque et de ce pays qui a compté. L'incroyable renommée du Jésus des évangiles est en contradiction flagrante avec la discrétion totale du Jésus de l'histoire. La plupart des rationalistes lèvent cette difficulté en niant cette prétendue renommée que Jésus doit principalement aux miracles qu'il accomplit (puisqu'ils nient aussi les miracles).

 

Quand Jésus n'accomplit pas de miracles ,il enseigne au peuple dans les synagogues ou parfois en plein air. Son message apostolique est délivré le plus souvent sous forme de paraboles. Nous allons analyser le fond et la forme de cet enseignement en essayant de dégager des grandes catégories utiles pour l'analyse ci-après.

-          Le contenu du message de Jésus est très inégal ;c'est un mélange surprenant de maximes parfois très sages ou très poétiques et parfois aussi très douteuses. Parmi les maximes les plus connues et qui sont encore très populaires de nos jours ,on peut citer:

à Les Béatitudes (Matt 5 1-11)

à Aimez vos ennemis (Matt 5-43)

à Si quelqu'un te donne un soufflet sur la joue droite, tends lui encore l'autre (Matt 5-39)

à Ne juger pas afin de ne pas être jugés (Matt 7-1).

à Tu aimeras ton prochain comme toi même (Matt 22-39).

à Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous ,faites le vous même pour eux etc…

Malgré le caractère parfois très poétique de ces maximes il faut bien reconnaître que leur efficacité est plus que douteuse si elles devaient être suivies à la lettre.

Parmi les maximes plus équivoques on peut citer :

à Il faut s'abandonner à la providence (Matt 5 25-34) : Ne vous inquiéter donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. Il est inutile d'insister sur le caractère peu efficace voir dangereux d'un tel précepte pour la survie de l'espèce humaine et on peut se féliciter que nos ancêtres ne l'ait pas mis en pratique trop souvent.

à Efficacité de la prière (Matt 7 7-11) : Demander et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez; frapper et l'on vous ouvrira. Encore une fois Jésus recommande de s'en remettre à la providence aidée par la prière pour venir à bout de toutes les difficultés. L'efficacité est  même renforcée en cas de prière commune (Matth18-19).  L'histoire de l'humanité à montré depuis toujours que cette philosophie plus passive qu'active ne marchait que rarement et n'engendrait aucun progrès. La chance qui sourit parfois à certains est bien souvent occultée par le malheur qui frappe le plus grand nombre.

à N'appelez personne votre "père" sur la terre (Matt 23-9): Comment faut-il donc appeler son père ?

à Si ton œil droit est pour toi une occasion de pêcher (quiconque regarde une femme pour la désirer) arrache le et jette le loin de toi. Si ta main droite est une occasion de pêcher : coupe là et jette la loin de toi (Matth 5-29 5-30).Cette dernière maxime se passe de commentaires.

 

-          Le contenu du message n'est pas exempt de contradictions. Contradictions parfois internes au Nouveau Testament et aussi en référence à l'Ancien Testament.

à Jésus affirme être venu pour accomplir la loi dans sa totalité : Pas un point sur l'i ne passera de la loi que tout ne soit réalisé (Matt 5-18). Pourtant il va plus loin modifier celle-ci en remplaçant certaines exigences par des exigences opposées. Ainsi le commandement œil pour œil ,dent pour dent est -il remplacé par "tendre l'autre joue".

à Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n'est pas valable (Jean 5-31).

     Bien que je me rende témoignage à moi même ,mon témoignage est valable (Jean 8-14).

 

-          La forme du message est celle des paraboles. C'est volontairement que Jésus s'exprime en paraboles car il n'a pas été donné aux gens ordinaires de connaître les mystères du royaume des cieux; cette faculté a été donné aux seuls disciples (Matt 13-11). On peut remarquer cependant en contradiction avec cette explication que les disciples ne semblent pas comprendre d'avantage les dites paraboles puisqu'ils demandent par exemple à Jésus de leur expliquer la parabole de l'ivraie (Matt 13-36).On peut aussi s'étonner des raisons plus explicites données par Jésus dans l'évangile de Marc (Marc4-12);là il nous explique que les gens ne doivent en aucun cas comprendre le message délivré de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit pardonné. On peut se demander alors :

à Pourquoi Jésus se donne t-il la peine d'enseigner à des foules nombreuses un message que seule une poignée d'élus peuvent comprendre ?

à Pourquoi veut-il alors que les gens reconnaissent en lui l'envoyé de Dieu (en multipliant notamment les miracles) alors que dans le même temps la signification de son message doit rester secrète ?

 

Pour le paradigme chrétien les contradictions relevées sur le fond sont inconciliables avec le fait admis que Jésus est le fils de Dieu . La difficulté n'est pas propre au nouveau testament mais existe également dans l'Ancien. Par exemple le commandement :<< Tu ne tueras point>> qui est bafoué par Dieu lui-même lorsque celui -ci ordonne à son peuple de massacrer les habitants d'un village situé à l'endroit de la Terre promise.

Les nombreuses contradictions et/ou aberrations contenues dans l'Ancien Testament (Récit de la Genèse) sont  connues et passées sous silence au profit d'un Nouveau testament censé apporter plus de cohérence et de force au message divin. On vient de voir qu'il n'en est rien et que les évangiles ne diffèrent pas sur ce point des textes de la bible hébraïque.

Le paradigme rationnaliste peut expliquer les contradictions de fond en mettant en avant le côté humain de Jésus soumis à l'erreur comme tout un chacun. Mais il est plus difficile pour lui d'expliquer pourquoi le Jésus de l'histoire s'exprimait en paraboles devant des foules nombreuses qui ne comprenaient rien à son discours. Ce discours qui n'apparaît d'ailleurs pas comme celui d'un homme mais plutôt comme une sorte de compilation établie progressivement au cours du temps. C'est le sentiment global qui ressort de la lecture des textes. A aucun moment on a l'impression que le principal héros de l'histoire est un homme semblable à d'autres hommes et ayant vécu à une époque déterminée.

Quel homme en effet pourrait tenir pareil discours et accomplir autant de miracles en si peu de temps ? (sans parler des prophéties sur lesquelles nous reviendront)

Encore une fois seul le paradigme mythique parvient à rendre compte de tous ces faits en refusant le recours à des hypothèses trop fantaisistes: Une compilation de maximes juxtaposées et mise dans la bouche d'un personnage crée de toutes pièces dans le but de servir de "support" vivant au texte comme une sorte de récitant, le tout baignant dans une atmosphère surnaturelle permanente peinte aux couleurs des miracles.

 

A plusieurs reprises Jésus annonce lui même son destin tragique mais nécessaire,son arrestation ,sa crucifixion puis sa résurrection après le troisième jour

-          Première annonce : Matt16-21

-          Deuxième annonce :Matt 17-22

-          Troisième annonce : Matt 20-17

Ces passages démontrent le pouvoir de divination de Jésus, pourtant ce même pouvoir sera mis en défaut plus tard lors de l'annonce des événements eschatologiques (arrivée imminente de la fin des temps).

L'interprétation des ces annonces est bien sûr différente selon le paradigme choisit. Pour les chrétiens il s'agit de la raison même de la venue sur terre de Jésus dont celui-ci est parfaitement conscient. Il n'y a donc pas d'incohérence par rapport à l'acte de prévision proprement dit. Seules quelques paroles de Jésus cadreront mal avec sa connaissance du caractère inévitable de son destin : Notamment ses dernières paroles sur la croix : Mon Père pourquoi m'as tu abandonné ?

L'interprétation rationaliste est quant à elle impuissante à expliquer ces visions de Jésus excluant par principe toute intervention surnaturelle (et donc bien sûr la prédiction de l'avenir).Il ne reste donc plus encore une fois qu'à considérer les passages en question comme des embellissements ultérieurs n'ayant aucun rapport avec le personnage historique.

Dans le paradigme  mythique ces passages prennent une signification plus évidente: Ils rappellent au lecteur quel est le but essentiel assigné au personnage que les parties narratives du texte ne doivent pas faire oublier.

 

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