Les Evangiles canoniques, suite

Publié le par replika

salam alaykoum .

Jésus annonce la fin des temps et l'avènement du royaume des cieux. Plusieurs remarques intéressantes s'imposent quant à ce passage essentiel des évangiles dont le texte de Matthieu (Matth 24) nous fournit le témoignage le plus complet:

à La fin des temps annoncée est imminente :  "En Vérité je vous le dis,cette génération ne passera pas que tout cela ne soit arrivé " (Matth 24-34).

à La fin des temps surviendra après que l'évangile aura été proclamé dans le monde entier (Matth 24-14).

Ces deux indications de date ne sont pas cohérentes entre elles du point de vue du paradigme chrétien puisque l'on sait que l'Evangile ne fut "proclamé" dans le monde entier que bien longtemps après la disparition de la première génération dont il est fait ici mention.Elles sont par ailleurs démenties toutes deux par les faits puisque deux mille ans après ces prophécies et bien que l'évangile ait été proclamé sur toute la Terre aucune fin du monde  ne s'est encore produite.

Pas d'incohérence en revanche selon le point de vue rationaliste.En ce qui concerne le paradigme mythique il faut noter que la première indication de date (cf cette génération) placée dans la bouche de Jésus semblerait plaider pour  une première rédaction du texte antérieure à la fin du premier siècle .En effet quel intérêt aurait eu l'auteur de ce texte vivant au deuxième siècle de placer une fausse prophétie dans la bouche du fils de Dieu ?

à Le tableau  de la fin des temps fait écho à celui de la cosmogenèse de l'ancien Testament (Génèse):Jésus parle d'étoiles qui tomberont du Ciel ,du soleil qui s'obscurcira, de la Lune qui ne donnera plus sa lumière…

Il est de nouveau bien difficile pour le paradigme chrétien de justifier le sens de cette vision cosmique et d'en assurer la cohérence avec la connaissance moderne que nous possédons de l'univers. Que Jésus ait la même vision de l'univers que celle de l'auteur de la Genèse est plausible dans les deux paradigmes non chrétien mais pas dans ce dernier qui se doit de refléter au minimum la réalité des choses (qui correspond nécessairement aussi à celle de Dieu) : On connaît les efforts de l'Eglise pour remplacer la lecture trop imagé et allégorique de la Genèse par une autre plus moderne intégrant  la théorie du Big-Bang .Or il est manifeste que les expressions utilisées dans les évangiles font écho à celles de l'ancien Testament  et correspondent bien à une vision du Cosmos partagée par les hommes de l'Antiquité.

La Passion

Voici venu l'épisode final et sans doute le passage le plus important des évangiles. Les récits des évangélistes diffèrent parfois dans le détail mais  présentent néanmoins une certaine similitude du moins en ce qui concerne les synoptiques. Ce qui frappe après une première lecture rapide des faits qui se succèdent de manière assez rapprochée c'est cette impression d'une incroyable mise en scène d'événements se déroulant avec la précision du métronome dans le but rappelé plusieurs fois d'accomplissement des écritures.

à      En effet, Jésus a déjà annoncé à plusieurs reprises ce qui va suivre et le rappellera inlassablement jusqu'au dernier moment : "La Pâque, vous le savez, tombe dans deux jours, et le fils de l'homme va être livré pour être crucifié." (Matth 26-2). "Voici toute proche l'heure où le fils de l'homme va être livré aux mains des pêcheurs." (Matth 26-45).

à      Jésus annonce la trahison d'un des douze et va même jusqu'à le nommer. (Matth 24-25).

à      Jésus prédit le reniement de Pierre (avec une petite différence entre Matthieu et Luc pour lesquels le reniement arrive avant que le coq n'ait chanté une fois alors que chez Marc c'est avant le deuxième chant du coq que Pierre va renier Jésus).

à      Lors de l'arrestation Jésus n'offre aucune résistance en précisant que s'il le voulait il pourrait faire appel à son Père qui lui fournirait sur le champs douze légions d'anges (Matth 26-53).Mais dans ce cas comment s'accomplirait alors les écritures d'après lesquelles il doit en être ainsi ? (Matth 26-54).Les évènements qui se succèdent sont donc bien inéluctables car ainsi voulus.

à      Dans l'évangile de Jean les exemples abondent de situations ou de faits se déroulant dans l'accomplissement des écritures:

. Les soldats qui prennent la Tunique de Jésus afin que l'écriture fût accomplie: "Ils se sont partagés mes habits et mon vêtement ,ils l'ont tiré au sort" (Jean 19-24)

. Sachant que tout était achevé pour que l'écriture fût parfaitement accomplie ,Jésus dit:" J'ai soif."(Jean 19-28).

. Les soldats ne brisent pas les jambes de Jésus (comme le voulait la coutume) et lui perce le côté avec une lance. "Car cela est arrivé afin que l'écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé. Et une autre écriture dit encore : Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé.(Jean 19-36,37).

Cette idée sans cesse répétée de l'accomplissement des écritures est totalement inconciliable avec les faits relus à la manière rationnaliste.Le fait que toutes les predictions de Jésus ici se réalisent en conformité avec les prophéties de l'Ancien Testament est tout a fait irrationnel.

A la lumière du paradigme chrétien les choses ne sont pas plus simples.Certes ici le metteur en scène s'appelle Dieu et il est donc parfaitement normal que Jésus soit parfaitement au courant du déroulement des évènements jusque dans les moindres détails.Il n'empêche que cette succession de scènes programmées à l'avance (trahison,arrestation,procès et crucifixion) semble pour le moins étrange pour ne pas dire incroyable eu égard à l'enjeu de l 'événement central à savoir la mort du fils de Dieu venu racheter les péchés des hommes. En somme seule la grille de lecture mythique nous offre à nouveau une interprétation logique et beaucoup plus simple de cette incroyable mise en scène.

 

Tout au long de l'épisode de la Passion on assiste à plusieurs reprises à des événements dont la vraisemblance est soit douteuse soit plus simplement incroyable. Le caractère historique du récit s'en trouve ainsi profondément troublé:

-          L'attitude de Pilate qui fait montre d'une incroyable faiblesse de décision à l'égard de Jésus et qui semble carrément obéir aux injonctions de la foule et du Sanhédrin en contradiction flagrante avec le portrait sans nuance du personnage laissé par les historiens et avec les pratiques de la justice romaine qui n'avait pas pour habitude de condamner ainsi un homme sans motif valable (Pilate le rappelle d'ailleurs à plusieurs reprises).

-          Cette foule qui acclamait encore Jésus il y a si peu de temps lorsque celui-ci faisait son entrée dans Jérusalem (Luc 19-36)  et qui louait ses innombrables prodiges et guérisons miraculeuses est si pressée ensuite de le voir crucifié et réclame sa mise à mort et son échange contre un vulgaire voleur nommé Barabbas.

-          L'obscurité qui s'établit sur la Terre entre la sixième et la neuvième heure c'est à dire en plein jour et qu'aucun observateur  de l'époque ne semble avoir remarqué (voir l'article sur Thallus).

-          Les morts qui ressuscitent et qui se promènent dans la ville.

-          Les anges qui apparaissent devant ou dans le tombeau vide le matin du premier jour de la semaine.

-          Les plusieurs apparitions de Jésus ressuscité "en chair et en os" devant ses disciples.

 

Bien sur tous les événements surnaturels trouvent leur explication cohérente dans le paradigme chrétien. Il n'en va pas de même pour le paradigme rationaliste dans lequel une telle accumulation de faits défiant les lois de la nature est tout simplement impensable. Bien sur on peut arguer comme le fait Gérald Méssadié dans "l'Homme qui devint Dieu" que la résurrection de Jésus n'en est pas une car celui-ci  , mortellement blessé et mis à mal sur la croix aurait toutefois survécu à ses blessures (puisque les soldats ne lui ont pas brisé les os) et aurait été ensuite soigné et sauvé grâce au concours de Joseph d'Arimathie et de quelques comparses. Puis Jésus serait donc effectivement apparu en chair et en os devant ses disciples (puisqu'il n'était pas mort) et aurait ensuite définitivement quitté la région pour rejoindre d'autres contrées qui garderaient encore le souvenir de son passage (Jésus de Srinagar).

On reste pantois devant les trésors d'imagination dont fait preuve l'auteur pour sauver à tout pris la réalité d'un événement qui serait sinon soit surnaturel (hypothèse chrétienne) soit inventé (hypothèse mythique).Le seul ennui avec cette tentative d'explication malgré tout assez improbable réside dans le fait qu'elle laisse de côté les autres événements décrits ci-dessus (Les anges ,les morts ressuscités, l'obscurité…) pour sauver ce qui semble être l'essentiel : la résurrection de Jésus qui devient alors un événement "naturellement possible".

La plupart des auteurs rationalistes préfèrent arrêter la lecture des évangiles à la mort de Jésus et laisser tout le reste dans le domaine du mythe. Quelque soit l'option choisie (minimaliste ou maximaliste) cette grille de lecture ne parvient pas à rendre le texte globalement cohérent  et se trouve dans l'obligation de procéder à un tri minutieux des passages à garder et des passages à rejeter.

 

Les contradictions sont nombreuses dans les quatre récits de la passion à notre disposition. Rappelons les plus connues :

-          Dans les évangiles de Matthieu et Marc Jésus est amené devant le Sanhédrin puis devant Pilate tandis que dans l'évangile de Luc Jésus comparait également devant Hérode avant d'être ramené une deuxième fois chez Pilate.

-      Jésus porte sa croix dans l'évangile de Jean alors que les Synoptiques affirment que c'est Simon de Cyrène qui l'a porte à sa place.

-          Les trois femmes qui se rendent au tombeau sont Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et Salomé dans l'évangile de  Marc. Pour Matthieu il s'agit simplement de Marie de Magdala et de Marie mère de Jacques. Luc ajoute le nom de Jeanne à celui des deux Maries. Quant à Jean il ne parle que d'une seule femme: Marie de Magdala.

-          Les Anges et le tombeau : Pour Matthieu il y a un ange qui arrive soudainement dans un grand tremblement de terre et qui fait rouler la Pierre qui masque l'entrée du Tombeau. Il avertit les femmes que Jésus est ressuscité (Matth 28).Pour Marc la pierre est roulée lorsque les femmes arrivent au tombeau et voient l'Ange. Pour Luc et Jean il est question de deux anges.

-          Les apparitions de Jésus: Jésus apparaît aux femmes venues au Tombeau puis aux disciples en Galilée dans l'évangile de Matthieu. Dans l'évangile de Marc Jésus apparaît à Marie de Magdala puis à deux disciples en chemin (Marc 16-12) et enfin aux onze disciples qui sont à table sans aucune indication de temps (on peut penser d'après le récit qu'il s'agit du même jour. Luc nous raconte que Jésus est d'abord apparu à deux disciples d'Emmaüs puis aux Onze le même jour à Jérusalem. Pour Jean enfin Jésus apparaît devant Marie de Magdala puis devant ses disciples le même jour avant d'apparaître une dernière fois au bord du Lac de Tibériade.

L'interprétation de ces contradictions est bien sûr différente selon les paradigmes concernés. Pour les paradigmes chrétien et rationaliste elles sont la preuve de l'authenticité et des point de vue différents  des évangélistes. Les détails contradictoires apporteraient la démonstration de la réalité de l'événement raconté par des témoins qui ne se sont pas concertés. Bien sûr les rationalistes rejettent les phénomènes surnaturels tels que les apparitions des anges. Le point de vue mythique quant à lui interprète ces disparités comme autant d'indications que les récits ne sauraient provenir de témoignages directs ou indirects. En effet si les récits proviennent de témoins ayant assistés aux événements comme par exemple les trois Maries on a du mal à imaginer que celles-ci aient pu inventer les êtres surnaturels (les anges) ou simplement se tromper sur le fait qu'ils étaient un ou deux ou sur d'autres détails. Si au contraire et comme le suppose la plupart des spécialistes les récits se sont transmis de bouche à oreille on devrait assister à des points de vue vraiment différents des événements plutôt qu'à des récits quasiment calqués les uns sur les autres. On a plutôt le sentiment d'un récit imaginé par un auteur sur lequel viendrait se greffer ici et là des modifications (détails ou noms différents).

 

Le mystère de la résurrection décrit dans les Evangiles revêt plusieurs aspects:

-          Dans un premier temps il s'agit d'un phénomène surnaturel qui ne trouve aucune explication satisfaisante selon  le point de vue rationaliste hormis la tentative de Gérald Messadié pour qui Jésus aurait survécu à ses blessures et aurait été soigné par des proches (en contradiction cependant avec les récits concernant les trois femmes dont on doit admettre dans ce cas là qu'elles n'étaient pas au courant).

-          Dans un deuxième temps il convient de noter qu'il s'agit bien d'une résurrection dans la chair. Jésus apparaît "en chair et en os" à ses disciples qui peuvent le toucher et le voir manger (Luc 24 -39à43) et (Jean 21-12).Cette interprétation est plus surnaturelle que religieuse (on s'attendrait en effet à ce que le point de vue religieux mette en avant une survivance de l'âme loin des contingences matérielles. Les rationalistes auraient pu alors parler dans ce cas de "visions" ce qui aurait permis de sauver la cohérence de l'intégralité du récit. Au contraire l'insistance avec laquelle les évangélistes mentionnent la résurrection "dans la chair" de Jésus est de nature à affaiblir considérablement l'authenticité du récit. Seuls les points de vue chrétiens et mythiques restent sur ce sujet cohérents. Il ne reste pour le rationaliste qu'à rejeter le récit en bloc ou bien à nier comme le fait Gérald Messadier que Jésus soit réellement mort sur la croix. Encore une fois le point de vue mythique offre au non croyant une solution qui satisfait au principe du rasoir d'Ockham  (un minimum d'hypothèses supplémentaires).

alaykoum salam .


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