REFUTATION EXCELLENTE (1)
Salam alaykoum
Publications du Waqf Ikhâs No: 5
AL GHAZALI
REFUTATION EXCELLENTE
DE LA
DIVINITE DE JESUS-CHRIST
D’APRES LES EVANGILES
TEXTE ETABLI, TRADUIT ET COMMENTE
PAR
Robert Chidiac, s.j.
Je met ici en plusieurs parties, l'intégralité de cette démonstration hallucinante du grand savant Al Ghazali, je vous conseil de bien lire car ses arguments sont irréfutables .
AVIS: Les missionnaires essayent de propager le
Christianisme, les Juifs s’efforcent de propager les paroles
corrompues de leur religieux et Hakikat Kitabevi fait la même
chose pour propager l’Islâm et les franc-maçons pour anéantir
les religions. Ceux qui sont raisonnables découvrent la vraie de
celles-ci, aident à la propager et apportent ainsi du bonheur à
tous les gens. Et cela serait le plus précieux et plus utile service
à l’humanité.
1— Les positions chrétiennes sont inacceptables
AU NOM D’ALLAH MISERICORDIEUX ET
COMPATISSANT!
Or donc, gloire à Allah et bénédiction sur Muhammad
“alehissalâm”, le meilleur d’entre ses Créatures et ses familiers!
J’ai trouvé les théories des chrétiens sur leurs croyances
vraiment faibles, chancelantes et malaisées. Celui qui y
réfléchit est saisi de stupeur à la vue de tant d’esprits qui y
adhèrent, alors que lui-même ne peut, en raison des obscurités
qu’elles présentent, y saisir rien de ce qu’il y cherche.
Les chrétiens en cela s’appuient aveuglément sur la seule
tradition et retiennent, avec bec et ongles, le sens littéral adopté
Note: Les titres et une partie des sous-titres sont ajoutés par nous pour la
clarté.
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par les Anciens, sans que nul parmi ceux d’aujourd’hui, à cause
de leur incapacité, n’entreprenne d’en expliquer les points
difficiles. Il s’imaginent que c’est cela même la Loi révélée
établie pour eux par Hadrat ‘Îsa. Ils justifient leur adhésion par
l’autorité de textes considérés par eux comme contraignants
pour l’esprit, comme se refusant à toute interprétation
symbolique, et qu’il n’est pas aisé de détourner de leur sens
littéral.
Sur quoi, ces hommes se partagent en deux catégories.
Dans la plus nombreuse, ceux qui n’ont aucune pratique de la
science qui apprend à connaître et l’impossibilité de
l’impossible, dont on nie alors la possibilité d’existence, et la
nécessité du nécessaire dont on nie alors la non-existence, et
enfin la possibilité du possible dont on se convainc qu’aucun
des deux termes opposés, l’existence ou non-existence, ne
comporte d’absurdité. Tout au contraire, il s’est formé, dès
l’enfance, dans l’esprit de ces personnes, certaines
représentations qui ont fini par passer, l’ignorance se
prolongeant, à l’état d’habitude acquise. Cette catégorie est
difficile à guérir de son mal.
Pour ceux de l’autre catégorie, doués d’un minimum
d’intelligence et de connaissances scientifiques, tu les vois se
tenir respectueusement à distance et ne pas se permettre de
scruter cette doctrine. Ils s’en rapportent à l’autorité de
Philisophe sur l’union divine, car ils sont impressionnés des
conséquences d’une pareille doctrine à l’égard de principes
établis à qui mieux mieux par tous les bons esprits et ils
esquivent la difficulté en se réfugiant aveuglément dans la
tradition pure et simple. Convaincus que le Philosophe a
pénetré les sciences les plus obscures et les a rendues claires
et apodictiques, ils croient qu’un tel homme mérite qu’on s’en
remette à ses déclarations et qu’on suive son autorité dans les
questions de croyances. C’est pourquoi ils se tirent de la
question de l’union divine en la ramenant à celle du lien qui
rattache l’âme[*] au corps.
Si ces malheureux consultaient leur raison et cessaient
d’être menés par la passion et le fanatisme, ils s’apercevraient
[*] Sensualité, désirs sensuels
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qu’ils se sont écartés du droit chemin et qu’ils ont abandonné
les voies de la Vérité, et ce, pour diverses raisons.
Ainsi, s’ils ont voulu suivre la méthode d’analogie, ils ont eu
tort. Car l’analogie consiste à ramener des cas particuliers à un
principe général, en raison d’un aspect commun, sur lequel
repose le jugement d’analogie. Mais quel aspect, entraînant la
réalité de ce lien (de l’âme avec le corps) dont parle le
Philosophe, a donc pu trouver le partisan de cette théorie, qu’il
puisse appliquer ensuite à l’essence du Créateur pour justifier
l’emploi de l’analogie?
De même, s’ils ne voient là qu’une manière de comparaison
et un exemple, ils se trompent également, car le terme de la
comparaison doit être connu, concevable, pour que l’on puisse
comprendre la comparaison elle - même. Or le partisan de
cette doctrine peut faire tous ses efforts pour trouver le moindre
indice qui l’éclaire sur la nature de l’âme[1] et la nature de cette
relation dont parle le Philosophe: il devra avouer son
impuissance à y parvenir. Comment peut-il alors user
d’analogie pour des réalités qui lui échappent?
De plus, une pareille analogie est de celles que le juriste ne
se permet pas, car c’est un cas d’analogie réprouvée, et qu’on
appelle analogie d’obscurité. On y cherche à établir une
proposition obscure en recourant à du plus obscur ou bien à ce
qui a besoin pour être lui-même prouvé, d’un effort de réflexion,
et qui n’est déduit que par preuves elles-mêmes confuses.
C’est le cas pour l’âme dont traite le Philosophe et dont on ne
peut concevoir l’existence que par des raisonnements
compliqués et peu évidents.
Si cette analogie n’est pas tolérée dans les conclusions
établies sur des raisonnements relativement faciles, comment y
recourir alors à propos de principes qui se rapportent à
l’essence de l’Etre nécessaire [Wajib-ul-vujud]. Comment
justifier cet emploi, alors que l’idée qui fonde le jugement, si on
consentait à l’envisager, ne laisserait admettre pour Dieu
[1] Dans le texte original, c’est le mot arabe “nafs” qui signifie: La vie
sensitive; vie; principe de la vie végétative et sensitive; sentiment; être
vivant, personne; esprit; substance; désir; sensualité.
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aucune relation avec l’essence d’aucun être humain, du genre
de celle qui l’âme au corps. Les philosophes disent en effet que
la condition requise pour qu’une âme s’unisse à un corps, est
qu’il y ait entre les deux une certaine correspondance et
convenance en vertu desquelles le lien existe. Mais qu’Allah est
loin de tout cela!
D’ailleurs, à supposer même qu’on leur accorde ce qui
précède et que la relation à laquelle ils ont recours soit
philosophiquement concevable, ils n’en retireraient aucun
avantage et n’en seraient pas plus avancés pour établir la
divinité d’Î’sa [Salut de l'Eternel soit sur lui].
En effet, le Philosophe dit que le lien qui unit l’âme au corps
est une relation “de gouvernement” et que c’est en vertu de ce
lien que se produisent dans l’un et l’autre les impressions de
plaisir ou de douleur lorsque la puissance sensitive se trouve
affectée par ce qui convient ou la contrarie. Or il n’est pas
possible qu’on ait en vue pareil lien avec tout ce qu’il comporte
et tel qu’on vient de l’expliquer, car l’essence du Créateur ne
peut éprouver aucune impression de plaisir sensible.
Il reste donc à prendre cette “relation de gouvernement” en
dehors de toute impression de plaisir sensible, mais cela ne
sert encore de rien, car le Créateur en réalité gouverne chaque
individu qui se trouve en ce monde et exerce une fonction de
gouvernement à l’égard de toute créature.
2— Les Miracles de Jésus [Î’sâ aleihissalâm]
Mais on dira peut-être qu’on veut parler ici d’une relation
manifestée par la dérogation aux lois ordinaires, comme la
résurrection des morts et autres choses pareilles, et que cela
indique bien ce que l’on a en vue.
A quoi il faut répondre qu’une telle relation qui met celui qui
la possède en état de déroger aux lois ordinaires (de la nature)
se retrouve chez d’autres qu’ Î’sa aleihissalâm.
En effet, eux-mêmes reconnaissent que Moûçâ [Salut de
l'Eternel soit sur lui] [Moïse] a transformé la verge en serpent. Or
la résurrection d’un mort qu’est-ce autre chose qu’un être
inanimé acquérant la qualité du vivant? Bien plus, l’acte de
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Moûçâ aleihissalam [Moïse] manifeste davantage le prodige,
car conférer la vie à ce qui ne la possède d’aucune manière,
témoigne d’une plus grande puissance que le rappel d’une
chose à son état premier. En outre, fendre la mer et en dresser
les deux parties comme une muraille gigantesque constitue un
prodige inoui. Et la Thora à laquelle ils ajoutent foi, témoigne
aussi que Hadrat Moûçâ retira sa main couverte de lèpre,
blanche comme la neige, puis la ramena de nouveau à la
couleur de sa chair. Dans les livres des Rois et des Juges, qui
comptent parmi leurs livres vénérables et dont la lecture se fait
dans les églises, il est dit que Elie et son disciple Elisée, ont
ressuscité un mort. La résurrection du fils de la veuve par Elie
est également admise par eux; de même, Hadrat Yûshâ [Josué]
arrêtant le soleil jusqu’à ce qu’il se fût emparé de la ville de
Jéricho, est un prodige des plus rares.
Il y a en outre des prophètes qui n’ont pas été chargés de
mission[1]. Quel empêchement à ce qu’ils aient eu, eux aussi,
une pareille relation à Allahu ta’âlâ, à cela près qu’elle ne se
serait pas manifestée au dehors, puisqu’aucune mission n’est
venue exiger de telles preuves.
3— La lèpre de Moûçâ [Salut de l'Eternel soit sur lui] dans la
Bible et le Coran.
Une question délicate sur laquelle il faut attirer l’attention,
c’est le mot du Kur’ân-al kerîm [le Coran] “Porte ta main dans
ton sein, tu l’en sortiras toute blanche, mais sans mal”, alors
que la Thora porte: “Wa Hanna Yadou Masoura ‘eth Kal Sûlağ”,
ce qui veut dire en arabe: “Et voici que ta (sic) main est
lépreuse, blanche comme la neige”. La thora parle nettement
de lèpre, alors que le Cor’an (Kur’an-al karîm) dit que sa
blancheur n’est pas le fait du mal.
Cela fait difficulté à un examen superficiel, mais celui qui a
l’esprit exercé n’a pas de peine à faire la conciliation. Elle
consiste en ce que la lèpre est un mal produit par une
indisposition qui provoque un épaississement des humeurs,
[1] Les Prophètes à qui Allahu ta’âlâ n’a pas envoyé des livres sacrés, si
bien qu’ils n’ont pas de sharia (religion). On les appelle Nébî.
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que la force transformante se trouve alors incapable de
ramener à la couleur de la chair. Or l’on sait que la blancheur
de la main de Moûçâ aleihissalâm n’a pas résulté d’une
indisposition. En effet, quiconque se trouve indisposé de la
manière que nous avons décrite, est atteint de ce mal. Si la
force transformante prend le dessus, elle le supprime, mais
alors ce qui faisait le propre du prodige disparaît. (Dans notre
cas) au contraire, la blancheur était le fait d’un prodige
extraordinaire, et le propre d’un prodige extraordinaire est
d’aller à l’encontre de ce qui est habituel et accoutumé. C’est
cela qui est indiqué par le Kur’an-al Karîm quand il dit: “sans
mal”, c’est-à-dire qu’Allahu ta’âlâ a donné à Hadrat Moûçâ le
pouvoir de rendre sa main lépreuse, sans mal cependant, et de
la ramener à la couleur de sa chair, sans le secours d’une force
transformante, afin qu’ils (les Juifs) aient ainsi le privilège de
posséder des prodiges extraordinaires accomplis par
l’intermédiaire de Hadrat Moûçâ. Il n’y a, en effet, le prodige
extraordinaire que l’effet se produit séparé de sa cause
habituelle et qui est seule à le produire. Cet effet a été ensuite
désigné ici par la blancheur, qui est l’une de ses propriétés. La
conciliation est évidente.
4— Confiance aveugle faite aux philosophes.
Ce qui va encore à affaiblir la valeur de leur croyance (aux
chrétiens) sur ce point, c’est la doctrine du Philosophe,
concernant l’âme [nafs] et ses relations (avec le corps), pour
laquelle ils tiennent. Leur affirmation sur ce sujet n’a d’autre
appui que l’estime qu’ils ont pour les tenants de cette doctrine,
alors qu’ils sont eux-mêmes incapables d’en fournir la preuve.
Ils croient que ceux qui soutiennent cette théorie ont fait
dans les sciences des découvertes si profondes que l’esprit
revient bredouille sans avoir pu les saisir, en raison de
l’obscurité de leurs principes et de la difficulté de leur
démonstration. Celui qui en est là, pensent-ils, ses paroles sont
infaillibles.
Mais alors, quand on tient pareil langage, on devrait suivre
également le Philosophe quand il dit que le don de prophétie
peut être acquis; que le monde n’a pas eu de commencement,
et n’admet ni génération ni corruption, que le Créateur ne
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connaît point les êtres particuliers et que l’Un ne peut donner
naissance qu’à l’Un, que le Créateur de tout est Pure Existence
et qu’il ne possède dans son être ni connaissance, ni vie, ni
puissance et bien d’autres affirmations encore par lesquelles
les philosophes ont rejeté les règles édictées par les
législateurs religieux et ont contredit ouvertement les Prophètes
envoyés d’Allahu ta’âlâ.
Il est étrange de voir des Chrétiens suivre des gens dont les
opinions ne permettent pas même de concevoir ce qui leur sert
à établir le privilège du fondateur de leur Loi. Ces gens
soutiennent, en effet, l’impossibilité de la formation de l’enfant
du seul sperme maternel, sans la participation du sperme viril
qui serait nécessaire soit simplement, selon leur maître, pour
provoquer l’épaississement du premier, soit pour entrer en
composition avec lui, suivant l’opinion de Galien.
Si la passion et l’obstination qui nous poussent à ne pas
changer ce qui nous est devenu habituel, faisaient dire à
quelqu’un: “Pour ce qui vient d’être cité, on a établi par des
preuves que les philosophes se sont trompés, mais pour le
reste ils conservent l’estime que nous leur portions!”, à cela, il
faudrait répondre que celui qui apparaît tantôt dans l’erreur et
tantôt dans la vérité, tout ce qu’il dit reste susceptible d’erreur
comme de vérité.
Personne ne s’appuie sur l’autorité d’un pareil homme
puisque l’on ignore sur quoi il fonde ses affirmations, et que
(par ailleurs) il rejette derrière le dos les déclarations des
législateurs religieux: d’autre part, le croyant ne tient aucun
compte des passages obvies de son propre Livre où est
indiquée l’humanité du fondateur de sa loi; il ne fait exception
que pour les passages qu’il se refuse à interpréter
métaphoriquement et qui appuient ses prétentions au sujet de
la qualité divine, faisant en cela, à l’esprit, une violence
manifeste. Il existe pourtant, dans l’Evangile, des passages qui
témoignent de l’humanité pure et simple de Î’sa et d’autres qui
témoignent que lui attribuer la Divinité ainsi qu’ils le prétendent,
est chose impossible. Ces passages se rencontrent dans
l’Evangile qui est le plus évident pour eux, celui de Jean, fils de
Zébédée.
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5— Méthode de réfutation et Principes d’exégèse.
Je citerai un à un les passages de ce livre, en indiquant les
chapitres tels qu’ils s’y trouvent, de peur qu’ils ne soient
contestés par eux, car leurs livres ne sont pas conservés dans
leurs coeurs. Mais avant de commencer à les citer, il me faut
exposer deux principes sur lesquels les exégètes sont
d’accord.
Le premier est que les passages qui se présentent, s’ils sont
d’accord avec la raison, doivent être pris dans leur sens littéral.
Si, au contraire, ils contredisaient l’évidence raisonnable, il
faudrait alors les interpréter: leur sens littéral n’est pas celui
qu’on a voulu exprimer et il faut alors les ramener au genre
métaphorique.
Le second principe est que s’il se rencontrait des assertions
contradictoires, les unes affirmant une vérité, les autres la
repoussant, on ne les laissera dans cette opposition qu’après
s’être senti impuissant à les concilier, parce que la conciliation
est effectivement impossible et qu’elles n’admettent aucun
accord de convergence vers une signification commune.
Ceci admis, nous allons maintenant commencer par citer les
passages qui indiquent l’emploi métaphorique des termes que
Hadrat Î’sâ a appliqués à sa personne et qui pourraient faire
croire à sa divinité; puis les passages qui indiquent l’emploi de
la métaphore dans la question de l’unité avec Dieu[1], comme
sa déclaration “Moi et le Père, nous sommes un”, et “Celui qui
me voit, voit le Père”, et encore “Je suis dans le Père et le Père
est en moi”.
Nous continuerons par des passages qui manifestent son
humanité pure et simple et nous les concilierons avec ceux qui
ont soulevé chez nos adversaires pour eux, des difficultés
devant lesquelles leur intelligence a abdiqué, impuissants qu’ils
furent à leur trouver une interprétation. Ils ont ainsi versé dans
[1] Nous traduisons ici le mot اتحار par “Unitéavec Dieu” qui nous semble
être dans le mouvement de la pensée et plus expressif dans le
contexte que “Union”. Cf. aussi page 10 lig. 19. Pour bien faire il
faudrait mettre le mot grec “ϖνωαις ”. Ce terme traduit et introduit
une nuance d’unification. C’est “Union” au sens fort.
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l’aveuglement et l’égarement. Nous dépenserons à tirer ces
difficultés au clair, une somme d’efforts suffisante pour que la
Vérité luise éclatante, dans toute sa splendeur et sa majesté.
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II. — DISCUSSION DES TEXTES EVANGELIQUES
1— Passages métaphoriques ayant trait à la Divinité de
Jésus.
a) Premier passage. — “Moi et le Père sommes Un”.
Le premier passage est donné par Jean dans son Evangile
au chapitre 24
“Moi et le Père, nous sommes Un. Les Juifs
s’emparèrent alors de pierres pour le lapider. Il leur
répondit en disant: je vous ai montré beaucoup de
bonnes oeuvres venant de mon Père. Pour laquelle de
ces oeuvres me lapidez-vous? Les Juifs répondirent:
ce n’est pas à cause des bonnes oeuvres que nous te
lapidons, mais à cause du blasphème, car alors que tu
es un homme, tu te fais Dieu. — Jésus leur répondit:
“N’est-il pas écrit dans votre livre sacré [Thora] J’ai dit:
“Vous êtes des dieux.” — Si donc elle a appelé “dieux”
ceux à qui la Parole a été adressée —et l’Ecriture ne
peut être anéantie — à combien plus forte raison celui
que le Père a sanctifié et qu’il a envoyé dans le
monde!”
Nous répondons: Ce passage est en faveur de la thèse que
nous voulons établir à propos de la question de l’union. Voici
comment:
Lorsque les Juifs reprochèrent à Î’sa [Salut d'Eternel soit sur
lui] sa déclaration “Moi et le Père, nous sommes Un”, et c’est là
proprement toute la question de l’union, croyant qu’il entendait
ces paroles “Moi et le Père, nous sommes Un”, dans leur
signification littérale, et qu’il serait ainsi réellement Allahu ta’âlâ,
il écarta leurs reproches, en déclarant qu’il parlait en manière
de métaphore. Puis il leur montra le fondement de la métaphore
en leur proposant une comparaison. Il leur dit:
Jo.X
30-36
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“Dans votre Loi, on vous a appelés des dieux. Vous n’êtes
cependant pas réellement des dieux. Ce terme vous a été
cependant appliqué dans un certain sens et ce sens est que la
Parole vous a été adressée, et moi, je partage cela avec vous.”
Nous trouvons aussi dans notre Loi quelque chose de
semblable. Le Maître des Prophètes a dit en s’exprimant au
nom d’Allahu ta’âlâ: “Ceux qui veulent se rapprocher de moi,
n’y arriveront jamais mieux qu’en accomplissant mes
préceptes. Puis mon serviteur ne cessera de se rapprocher de
moi par les oeuvres de surérogation jusqu’à ce que je l’aime. Et
quand je l’aurai aimé, je serai pour lui l’oreille par laquelle il
entend, l’oeil par lequel il voit, la langue par laquelle il
s’exprime, la main par laquelle il accomplit des exploits”.[1] Or il
n’est pas possible que le Créateur soit proprement présent
dans chacun de ces membres ou qu’IL soit ces membres euxmêmes.
Mais le serviteur qui a fait tous ses efforts pour obéir à
Allahu ta’âlâ, IL lui donne force et assistance. Grâce à cela il
est mis en mesure de parler avec sa langue et d’accomplir des
exploits avec ses mains, et toute autre oeuvre enfin qui
rapproche d’Allah. C’est ainsi que celui qui donne à un autre de
pouvoir frapper de l’épée, alors que sans LUI, il n’aurait pu le
faire, dirait: “Je suis la main avec laquelle tu frappes”. C’est là
un genre de métaphore dont l’emploi est correct, parfaitement
licite et hors de conteste.
Î’sa, d’ailleurs, a indiqué dans ce passage le sens de la
métaphore, en disant: “Parce que la Parole leur a été
adressée”. Or il est impossible qu’il veuille entendre par
“Parole” une expression matérielle formée de lettres, mais bien
plutôt a-t-il voulu dire par ce mot “Parole” un secret venant de
Dieu, qu’il confie à qui il veut d’entre ses serviteurs. Ce secret
leur apporte assistance pour supprimer l’obstacle qui les
sépare de Dieu. Ils en arrivent ainsi à ne plus aimer que ce
qu’IL aime, à ne haïr que ce qu’il hait, à répudier tout ce qui lui
déplaît, à ne désirer que ce qu’IL désire, en toute parole ou
action qui conviennent à sa Majesté (divine).
[1] C’est le hadith qu’Allahu ta’âlâ inspire dans le coeur de Son Prophète
Muhammad aleihissalâm [paix et bénédiction soient sur lui] et il le
communique à tout le monde.
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Quand par la faveur divine, ils ont été amenés à cet état, ils
réalisent en eux la disposition fondamentale qui justifie la
métaphore.
La légitimité de cette interprétation, par le recours au sens
métaphorique ci-dessus, est démontrée par le fait que Hadrat
Î’sa lui-même s’est défendu de vouloir user, dans ce passage,
du sens propre exprimant l’union, en disant: “Combien plus
celui que le Père a sanctifiée et qu’il a envoyé”! Il s’y est
nettement proclamé Envoyé de Dieu et s’est défendu de
prétendre à la divinité comme les Juifs l’avaient cru. Il s’est
attribué, par contre, les prérogatives des prophètes et la
supériorité de ce rang sur ceux qui ne le sont pas, par ces
paroles: “Combien plus celui qu’il a sanctifié et qu’il a envoyé.
C’est-à-dire: “je partage avec vous la disposition fondamentale
qui justifie la métaphore et je vous dépasse de tous les degrès
et de la prophétie et de la qualité d’Envoyé”.
En effet, si l’exemple qu’il leur a proposé n’écartait pas
d’une manière décisive le sens littéral que les Juifs s’étaient
imaginé, en cela il les eût trompés et il eût égaré leur croyance.
Or l’erreur dans ce domaine conduit à la colère de Dieu, ce qui
ne convient pas aux Prophètes et aux Envoyés qui ont charge
de guider vers la Vérité. Car retenir la lumière quand le besoin
s’en fait sentir, n’est pas permis à un Prophète. Comment en
serait-il ainsi pour Î’sa [Salut de l'Eternel soit sur lui], alors qu’il est
dit dans leurs livres (des chrétiens), “qu’il a été envoyé pour le
salut du monde”, enseignant ce qui doit être attribué Allahu
taâlâ et ce qui, au contraire, répugne à sa nature. Il serait, en
effet, sauveur du monde, s’il leur montrait quel est Dieu à
adorer. Si c’était lui-même Allah qu’il faut adorer et qu’il les eût
détournés de cette croyance en leur proposant la comparaison
en question, il leur aurait ainsi enjoint d’adorer un autre que lui
et les aurait détournés de l’adorer lui-même, étant toujours
supposé que c’est lui (Allah) qu’il faut adorer. Ce serait là
tromperie et supercherie peu compatibles avec la qualité de
celui dont on prétend qu’il est venu pour le salut du monde,
moins encore de celui qui du milieu de la foule s’est levé
comme conseiller et comme guide, et qui, de plus, s’est
réclamé de sa qualité d’Envoyé (Prophète) d’Allahu ta’âlâ, avec
mission de guider et de conseiller.
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Si l’on dit qu’il ne leur a proposé cette comparaison que pour
leur donner le change et pour détourner de sa personne leur
malice, nous répondons que la crainte des Juifs ne convient
pas à celui qu’ils prétendent être le Dieu de l’univers et le
Créateur des Etres.
Je me demande ce que pourra dire encore l’adversaire
après que ces vérités auront lui à ses yeux plus clairement que
le lever du jour, et comment il pourra, se refusant à interpréter
ce passage et autres semblables, continuer à tâtonner dans la
nuit, alors que le fondateur de sa Religion l’interpréta lui-même
tout le premier.
b) Deuxième passage. — “Qu’ils soient un avec Toi comme
Nous”.
Jean, que nous avons déjà mentionnée, l’indique dans son
Evangile au chapitre 37:
“Père Saint, garde-les dans ton nom que Tu m’as donné afin
qu’il soient un avec Toi comme Nous”.
Ce passage est semblable à celui qui précède. Il confirme
que Î’sa aleihissalâm rejette le sens propre, en faveur de la
métaphore indiquée. La preuve en est qu’Î’sa aleihisselam prie
Allahu ta’âlâ pour ses disciples, afin qu’IL les garde dans son
Nom comme IL le garde lui-même et que cette protection les
conduise à l’union divine. Puis employant la particule de
comparaison, il dit: “comme nous”, c’est-à-dire que cette unité
soit comme mon unité avec toi.
Si donc son unité avec Allah lui conférait le droit à la
Divinité, il s’ensuivrait nécessairement qu’il aurait demandé
pour ses disciples d’être des dieux. La seule pensée en est
déjà une honte, même pour qui rejette tout contrôle de sa
raison; combien plus pour celui qui a gardé la moindre rectitude
de pensée!
Tout le passage, au contraire, s’appuie sur la métaphore
indiquée, à savoir que Î’sa aleihissalâm a demandé à Allah de
déverser sur eux ses dons avec les bienfaits de la sollicitude et
de son assistance pour les guider vers le but désiré par Lui et
qui est seul digne de sa Grandeur. Ils en viennent ainsi à ne
plus désirer que ce qu’IL désire, à n’aimer que ce qu’IL aime, à
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ne haïr que ce qu’IL hait, à ne rien dire ni faire qui ne Lui agrée
et qu’IL ne souhaite voir arriver. Quand ils ont atteint cet état, la
métaphore employée devient alors pleinement légitime.
La preuve du bien-fondé de cette explication c’est que celui
qui aurait un ami en parfait accord avec ses desseins et ses
désirs, de sorte qu’il aime ce qu’il aime, qu’il haïsse ce qu’il hait,
il lui serait possible de dire: Moi et mon ami nous sommes un.
En outre, Î’sa a montré dans le même passage, que son
unité avec le (Père) était métaphorique et que lui-même n’était
pas vraiment Dieu. Voici ses paroles: “Qu’ils soient Un avec
Toi; comme Nous”. Il veut dire par là: s’ils obtiennent de Toi une
asistance qui les amène à ne désirer que ce que Tu désires
leur unité avec Toi sera semblable à ma propre Unité avec Toi,
puisque telle est ma condition à Ton égard. Je ne désire, en
effet, que ce que Tu désires et n’aime que ce que Tu aimes.
Pareillement ces autres paroles: “Père Saint, garde-les dans
ton Nom!”, par lesquelles il implore pour eux, Allahu ta’âlâ qui
détient entre ses mains[1] les bienfaits et les maux. S’il avait été
Dieu lui-même, il aurait été capable de les garder sans implorer
l’assistance d’un autre et sans lui demander de les garder.
Combien admirables toutes ces indications où il nous
prévient de l’emploi du sens métaphorique et nous détourne du
sens littéral!
Une déclaration du même genre a été faite par Paul dans la
lettre qu’il a envoyée à Corinthe[2], quand il eut compris la
signification de ces passages; il dit:
“Celui qui s’appuie sur Allah devient avec Lui un seul esprit”.
Cette déclaration montre qu’il y a vu le même sens que nous, et
compris que ces passages ne sont pas proposés au sens
propre.
c) Troisième passage. — “Je leur ai donné la gloire... afin
qu’ils soient un comme nous sommes un”.
Jean le mentionne dans son Evangile, également au chap.
[1] La puissance d’Allahu taâlâ.
[2] Une ville de la Grèce ancienne, près d’Athènes.
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37:
“Sanctifie-les dans Ta Vérité. Ta parole, en
particulier, est la Vérité. Comme Tu m’as envoyé au
monde, je les ai aussi envoyés au monde. Et je me
sanctifie moi-même pour eux, afin qu’ils soient eux
aussi sanctifiés dans la Vérité. Ce n’est pas pour eux
seulement que je prie, mais encore pour ceux qui
croiront en moi par leur parole, afin qu’eux aussi soient
un, que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es un en
moi, et comme je suis en Toi, afin qu’eux aussi soient
un en nous pour que le monde croie que Tu m‘as
envoyé. Et moi je leur ai donné la Gloire que Tu m‘as
donné, afin qu’ils soient un comme nous sommes un.”
Ce passage est très clair et corrobore ce que nous avons
dit. La preuve en est que Hadrat Î’sa a levé le voile de
l’équivoque et a indiqué le sens de la métaphore par ces
paroles: “Et moi je leur ai donné la gloire que Tu m’as donné,
afin qu’ils soient un”, c’est-à-dire que cette Gloire les rassemble
dans leur dispersion et fasse que dans toutes leurs actions ils
rivalisent de soumission à ton égard, aimant ce que Tu aimes,
haïssant ce que Tu hais, désirant ce que Tu désires. Ils
deviendront ainsi pareils à un seul homme par la conformité de
leurs opinions, de leurs actions et de leurs croyances, comme
nous sommes un, c’est-à-dire comme je suis un avec Toi parce
que Ta Gloire que Tu m’as donnée a fait que je n’aime que ce
que Tu aimes, ne désire que ce que Tu désires, ne hais que ce
que Tu hais, ne déteste que ce que Tu détestes et qu’aucune
action enfin, ni aucune parole n’émane de moi, sans que Tu n’y
consentes”.
Sa condition à l’égard d’Allah étant ainsi établie, il a indiqué
ici que lui obéir, c’était obéir à Allah, et qu’obéir à Allah c’était
aussi lui obéir. C’est là le propre des prophètes envoyés
d’Allahu ta’âlâ.
Puis mettant en pleine lumière le sens métaphorique, il a
ajouté: “comme Toi, Père, Tu es en moi, et moi en Toi, afin
qu’ils soient, eux aussi. Un en Nous”, voulant dire par là: “Si
leurs paroles et leurs actions rivalisaient pour être en accord
avec ton désir, ton désir étant le mien, nous serions tous par là
Jo.17
17-22
- 18 -
comme un seul être, en raison de la conformité de nos
volontés”.
Il ne s’en tient pas là, par crainte que l’imagination trop faible
ne s’attachât à la lettre de ces passages, et il déclare qu’il est
un envoyé et dit: “Afin que le monde croie que Tu m’as
envoyé”. Il se fait plus explicite encore et déclare: “Ce n’est pas
pour eux seulement que je prie, mais aussi pour ceux qui
croient en moi, afin qu’ils soient tous un, comme nous sommes
un”, voulant exprimer par là que son unité avec Allah n’entraîne
pas sa propre divinité; sinon ce serait aussi le cas pour l’unité
des autres avec Allah, puisqu’il lui avait également demandé de
les rendre un avec Lui.
Admirons donc tout ce qu’il y a de beauté dans ce passage.
Des choses évidentes, qu’on déclare prendre dans leur sens
vrai; d’autres qui ont un sens apparent mais on déclare que ce
n’est pas ce sens apparent que l’on a en vue, et tant d’autres
merveilles enfin dont nos (adversaires) se détournent au
passage! Que Dieu bénisse celui qui a dit: “Combien qui raillent
une parole vraie et dont le seul malheur est d’être faibles
d’esprit! Les oreilles de chacun n’en retiennent que ce qui est à
la mesure de ses aptitudes et de sa science.”
Dans le même Evangile de Jean[*], on trouve le témoignage
que l’interprétation donnée plus haut correspond bien au sens
qu’on a voulu exprimer:
“Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi
seulement, mais en Celui qui m’a envoyé, et celui qui
me voit, voit Celui qui m’a envoyé”, ayant fait de la
soumission à sa personne la soumission à Dieu luimême;
puis, se considérant comme chargé de
manifester ce qui est en Allah, il dit: “et celui qui me
voit, voit aussi Celui qui m’a envoyé”, c’est-a-dire: c’est
moi qui manifeste réellement ce qui est en Lui,
j’ordonne ce qu’Il ordonne et je défends ce qu’IL
défend et toutes mes décisions émanent de Lui.” Or
c’est là la condition des Prophètes fidèles.
Et ce qui montre encore de la façon la plus claire que ce
[*] au chapitre 25.
Jo.
12-44
- 19 -
n’est pas le sens réel de ces passages que l’on a en vue, mais
qu’ils sont employés dans le sens métaphorique dont il a été
question, c’est que l’Evangéliste Jean, fils de Zébédée, l’auteur
de l’Evangile auquel ces passages sont empruntés, l’un des
disciples qui comptent pour eux parmi les plus grands, au point
d’être appelé le Bien-Aimé du Maître, lorsqu’il eut compris les
acceptions indiquées et que ces passages étaient détournés de
leur sens réel vers le sens métaphorique ci-dessus, Jean, dans
sa premiére épître que l’on trouve au livre des Actes, déclare ce
qui suit:
“Dieu, nul ne l’a vu. Si donc nous aimons les uns les
autres. Dieu demeure en nous et sa charité est parfaite
en nous, et nous connaissons que nous demeurons en
Lui et que Lui aussi demeure en nous, parce qu’IL
nous a donné de son Esprit. Et nous avons vu et nous
attestons que le Père a envoyé son fils pour le salut du
monde”.
Il y a dit également:
“Celui qui confesse que Jésus est le fils de Dieu,
Dieu demeure en lui et lui aussi demeure en Dieu”.
Ce disciple, vénérable à leurs yeux, a tenu ce langage pour
signifier la présence d’Allahu ta’âlâ, disant: “Et par là nous
savons que nous demeurons en Lui et que Lui aussi demeure
en nous.” Si donc ce disciple, vénérable à leurs yeux, avait
compris que la présence dont Î’sa aleihissalâm avait parlé dans
les passages précédents entraînait la divinité, il se serait
attribué la divinité à lui-même et aux autres en disant: “Et par là
nous savons que nous demeurons en Lui et qu’IL demeure
aussi en nous”. En réalité, ils ne croient pas cela de Lui, ni
d’aucun des autres disciples et adeptes de Hadrat Î’sa. Il faut
donc qu’il ait compris ces passages dans le sens métaphorique
signalé par nous.
Autre preuve dans le fait qu’il a lui-même laissé entendre le
sens métaphorique par ces paroles: “En ce qu’il nous a donné
de son Esprit”. Il veut dire par là qu’IL nous a prodigué de sa
grâce et de sa protection, par quoi nous apprenons ce qui
convient à sa Grandeur; Il nous a ensuite assistés, pour que
nous y conformions notre conduite de sorte que nous ne
I Jo.4
12-14
Jo.
4-15
- 20 -
désirions plus que ce qu’IL désire et que nous n’aimions plus
que ce qu’IL aime”. On en revient ainsi de nouveau à l’emploi
du sens métaphorique indiqué.
Il reste cependant dans ce 3e passage des considérations
plus subtiles qu’on ne peut déduire que par l’exercice d’une
réflexion attentive. Ainsi, lorsqu’il dit Î’sa: “je leur ai donné la
Gloire que Tu m’as donnée”, d’après le sens littéral, ce terme
est pris dans son acception totale, car Hadrat Î’sa a désigné
d’abord la gloire au sens courant du mot, puis l’a spécifiée en
disant: “celle que tu m’as donnée”. Il semblerait qu’il désigne
par là tous les éléments que comprend la Gloire. Comme si
quelqu’un disait: “J’ai donné à un tel les dirhems que tu m’as
donnés ou le cadeau que tu m’as envoyé”: il semblerait
désigner la totalité (des présents). Mais si l’on veut être
impartial, l’on verra que ce n’est pas le sens propre que l’on a
en vue, car les éléments de la gloire qui lui a été départie
comprennent la qualité de prophète et celle d’envoyé, avec tout
ce qu’elle comporte: rang, ascension au Ciel et puissance
d’accomplir des merveilles extraordinaires. Et toutes ces
choses ne sont pas comprises dans ce qu’il donne. D’où la
nécessité de prendre le terme dans une acception bien
déterminée, autrement, il faudrait le supprimer.
Il reste donc que par le “don”, il a voulu exprimer qu’il leur
communquait la science ce qui convient à Allahu ta’âlâ. Il
demanda ensuite pour eux l’assistance toute spéciale d’en
haut, pour agir en vertu de cette science. Il dit donc: “Sanctifieles
dans Ta Vérité”, c’est-à-dire: “Moi je leur ait fait connaître ce
qui convient à Ta Majesté, et c’est là le rôle des Prophètesenvoyés.
Guide-les maintenant toi-même, et assiste-les, afin
qu’ils agissent en conséqence”. C’est là le propre d’Allahu taâlâ
qui seul a le pouvoir de créer les actions (humaines).
Si l’on dit: Pourquoi ne serait-il pas possible de comprendre
dans la Gloire qui lui a été donnée l’union qui lui a valu d’être
Dieu? (bien qu’il soit prouvé que ce n’est pas ce qu’il a voulu
dire et que cette union (spéciale) n’est pas donnée, et qu’elle
n’est donc pas visée malgré qu’elle soit comprise sous le
vocable général (de gloire). Nous répondons: il y a de quoi
pleurer sur une argumentation aussi piteuse! La Divinité se
prête-t-elle donc à être donnée? Les gens de raison sont tous
- 21 -
d’accord sur une pareille impossibilité. Et y a-t-il là autre chose
qu’une pétition de principe? sans le recours à aucune sorte de
preuve en dehors des significations littérales que nous avons
déjà expliquées et retirées de leurs mains: Le fondateur de leur
religion les a d’ailleurs lui-même interprétées, se défendant de
les prendre d’une manière absolue et de les employer dans leur
sens propre.
2— Passages ayant trait à l’humanité de Jésus [Salut de
l'Eternel soit sur lui].
Une difficulté de ce genre, en outre, ne se tranche pas par
simple supposition et exige une argumentation par preuves
solides, en particulier pour un personnage dont la nature
humaine est évidente, clairement établie, avec tous ses tenants
et aboutissants et toutes ses notes “essentielles”, comme
l’animalité, la parole, la fatigue, la faim, la soif, le sommeil, la
gestation dans le sein maternel, et la souffrance, d’après ce
qu’ils prétendent du moins, dans la Crucifixion, où il a dit: “Mon
Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?” Or tout cela est
contraire à la Divinité.
a) Le figuier maudit.
Comment peut-on le nier d’ailleurs, alors qu’on trouve dans
l’Evangile de Marc ce qui suit:
“Et le lendemain, ils sortirent de Béthanie et il eut
faim. Et il aperçut de loin un figuier qui portait des
feuilles. Il s’en approcha pour y chercher des fruits,
mais lorsqu’ils s’en fut approché, il n’y trouva rien
d’autre que des feuilles, car on n’était pas au temps
des figues”.
Il a témoigné dans ce passage qu’il éprouvait la faim et qu’il
croyait les choses autrement qu’elles n’étaient, car il crut que
l’arbre portait des fruits, en quoi il se trompait; et il crut que
c’était l’époque des figues ou bien que l’arbre avait porté des
fruits en dehors de l’époque des figues, ce qui dans l’un ou
l’autre cas était contraire à la réalité.
On pourrait demander quel intérêt il y avait alors à détruire
cet arbre?
Jo.11
12-13
- 22 -
Nous répondons: il ne l’a fait que pour confirmer ses
disciples dans leur foi et pour les porter à multiplier des oeuvres
capables d’obtenir, (entre autres) de pareils effets. Les
prophètes et les saints, quand ils reçurent l’assurance du
paradis, ce fut celle d’un paradis entouré d’éprouves
rebutantes. Endurer la faim et l’accepter (de bonne grâce)
compte parmi les éprouves les plus rudes; or les malheurs que
l’on endure minent le rempart de la piété chez les initiés, et
chez le vulgaire, entraînent la perte d’un grand nombre. En leur
montrant donc une pareille action comme une conséquence
des bonnes oeuvres, il les engageait eux aussi à multiplier ce
qui porte de tels fruits, mettait dans leur coeur le mépris des
misères de la vie et de ses souffrances. Il montrait en outre que
l’épreuve de la faim et de la souffrance envoyée aux Prophètes
ne signifiait pas un manque de considération pour leur
personne ou leur dignité, mais avait pour but de les tenter et de
les éprouver. Celui qui aura supporté l’épreuve avec
reconnaissance et soumission, sera capable d’accomplir de
pareilles choses.
Ce qui justifie encore cette interprétation, c’est le discours
de Hadrat Î’sa à Pierre dans la suite de ce passage; alors que
ce dernier lui avait dit: “Maître, ce figuier que tu as maudit, s’est
desséché” — “Si vous aviez de la foi en Dieu, en vérité, je vous
le dis, si quelqu’un dit à cette montagne: ôte-toi de là et jette-toi
dans la mer, et qu’il ne doute pas dans son coeur, mais croit
que ce qu’il dit se fera, il le verra s’accomplir pour lui”.
Tout cela montre bien que le desséchement de l’arbre n’est
qu’un simple prodige, car il leur a conféré de pouvoir par la
sainteté, transporter les montagnes et les jeter dans la mer, ce
qui est plus considérable que de dessécher un arbre.
Il y a encore une autre chose de ce genre qu’il a présentée
dans l’Evangile et qu’il a expliquée clairement.
C’est quand il a dit: “En vérité, en vérité, je vous le
dis, celui qui observe mes commandements fera les
oeuvres que je fais et de plus grandes encore il fera”[1].
[1] “Celui qui me croit que je suis le Prophète envoyé par Allahu ta’âlâ et
qui fait mes commandements fera les prodiges que je fais”.
Joa.
XIV
12
- 23 -
Confirmation nous en est, d’ailleurs, donnée dans le
passage même que nous examinons où il est nettement
question de la faim et de la recherche d’un fruit sur l’arbre. Par
là se trouve également renversée l’affirmation de celui qui dit: “Il
n’a accompli ce prodige que pour montrer qu’il avait le pouvoir
de faire périr ce qui est vivant”. Dans ce cas il faudrait que
l’auteur du passage évangélique ait menti quand il dit: “Il eut
faim” et quand il dit: “et il s’approcha pour y chercher un fruit”. Il
a fait de ce désir (de Jésus) la cause de sa démarche. —
L’explication qu’ils donnent est-elle vraiment autre chose
qu’une grossière aberration de leur esprit! Car il ne s’est
approché de l’arbre que pour y chercher un fruit. Comme celui
qui dirait: Ayant eu faim, j’aperçus un arbre et je m’y portai pour
y chercher un fruit. N’y toruvant rien, par une malédiction je la
desséchai, afin que l’on comprit que je suis un dieu capable de
faire périr les vivants. Leur langage est celui des gens bornés.
Qu’Allah est loin de tout cela!
b) Quatrième passage: L’ignorance du “jour et de l’heure”.
Le quatrième passage est donné par Marc dans son
Evangile[1].
“Quant à ce jour et à cette heure, nul ne les connaît, ni les
Anges qui sont au Ciel, ni le Fils, seul le Père”.
Il fait dans ce passage profession d’humanité pure, écartant
de lui la Science propre à la divinité, et c’est là une des
meilleures preuves de cette humanité pure. Mais leurs
divagations les a portés à entendre ce passage, comme si les
mots “Anges” et “Fils”, faisaient partie d’une même énumération
avec le “jour” et “heure”. Ce qui reviendrait à dire: “Quant à ce
jour et à cette heure, ainsi que les Anges et le Fils, nul ne les
connaît, si ce n’est le Père.”
De tels esprits sont bien étonnants, comment n’ont-ils pas
senti que les attributs divins, même s’ils ne sont pas établis par
des preuves solides, ne laissent pas cependant d’apparaître
clairement. Considère donc combien est forcée cette
interprétation qui choque rien qu’à l’entendre et combien
d’expressions évidentes elle contredit. En outre, quand le
[1] Au chapitre 24.
- 24 -
partisan de cette théorie se trouva acculé et qu’on lui eût
demandé quel mot dans ce passage posait une interrogation
sur les Anges et le Fils, pour permettre une réponse pertinente,
il recourut au mensonge et dit: Hadrat Î’sa a compris qu’on
l’interrogeait sur les Anges et le Fils et a répondu sur les deux à
la fois.
De plus, l’auteur de cette interprétation y a eu recours pour
ne pas dénier à Allah la science qu’il faut lui attribuer, mais
l’interprétation qu’il donne tombe dans la même difficulté, sauf
qu’elle suppose en Allah une ignorance plus grande encore.
Et voici qui le prouve: S’il considère “Fils” et “Anges” comme
énuméres avec “jour” et “heure”, le sens serait alors: “Quant à
connaître l’ “heure” même, ainsi que la nature du Fils et des
Anges, le père seul le peut”.
Or, Î’sâ aleihissalâm (Jésus) quand il emploie le mot “Fils”
se désigne lui-même, et quand il emploie le mot “Père” il
désigne Dieu. Voilà donc ramenée cette même ignorance qu’ils
ont voulu écarter, mais plus grande encore, car d’après le sens
littéral du passage cité, Î’sâ aleihissalâm s’était défendu de
posséder la connaissance de l’Heure exacte, et dans cette
interprétation, il se serait défendu de connaître et l’Heure
exacte et sa propre nature et la nature des Anges. Quels
esprits étranges que ceux-là! L’homme sage doit remercier
Allah de l’avoir gardé d’un pareil dérèglement, il n’a que
dérision pour qui voulant écarter une moindre ignorance, arrive
à en affirmer une plus grande.
Il est donc clair que s’écarter du sens obvie de ce passage
est pure divagation? Il serait indigne d’un homme de perdre son
temps à s’en occuper.
c) Cinquième passage: “Celui que tu as envoyé, Jésus-
Christ [Î’sâ aleihissalâm].
Le cinquième passage est donné par le même Jean, dans
son Evangile, au chapitre 37:
“Ayant dit cela, Jésus leva les yeux au Ciel et dit:
“Père l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton
Fils te glorifie. Comme tu lui as donné autorité sur toute
chair afin qu’il donne la vie éternelle à tous ceux que tu
Joa.
XVII
1-3
- 25 -
lui as donnés. Et ceci est la Vie Eternelle qu’ils te
connaissent comme le seul Dieu véritable et celui que
tu as envoyé, Jésus-Christ”.
Dans ce passage, il attribue au Christ la qualité d’envoyé, or
cette qualité ne peut se rapporter à l’humanité Christ, car (il faut
dire ici) que le Christ est un terme qui désigne chez eux
l’ensemble d’une substance composée de divinité et
d’humanité.
Si quelqu’un prétendait que ce terme (de Christ) n’est pas
pris en rigueur, la phrase ci-dessus ne serait pas correcte alors,
et serait contredite par l’impossibilité d’user d’une pareille
tournure dans le langage ordinaire. Ainsi de dire: “J’ai vu de
l’encre”, alors qu’on veut signifier le sulfate de fer en tant que
tel et indépendamment de sa qualité d’encre, ne serait juste
d’aucune manière.
Et encore, à supposer qu’on ait pu démontrer que la langue
de l’Evangile a cette particularité de pouvoir, en exprimant le
tout, signifier seulement la partie. Le ferait-on, il resterait que ce
que nous avons dit constitue une réponse suffisante, en raison
de la ressemblance de cette langue avec l’arabe. Et si on ne le
faisait pas, l’objection tomberait d’elle-même et point ne serait
besoin de la réponse donnée.
Î’sâ aleihissalâm, d’ailleurs, corrobore lui-même cela par ses
paroles: “Afin qu’il donne à tous ceux que tu lui as donnés, la
vie éternelle”. Puis expliquant la “vie éternelle”, il dit: “Et la vie
éternelle, c’est qu’ils te connaissent comme le seul Dieu
véritable et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ”. Il a attribué
par là à Allahu taâlâ la divinité et l’unicité et s’est déclaré luimême
son envoyé.
Pareillement la déclaration de Paul l’Apôtre, à son
sujet, lorsque, décrivant la résurrection, il dit: “Alors le
Fils se soumettra à celui qui lui a soumis toutes
choses”. Il attribue au Fils la soumission à Allahu ta’âlâ
lors de la Résurrection et c’est là fait des esclaves qui
sont soumis à la majesté divine. Il attribue, d’autre part,
à Allahu ta’âlâ, la puissance de soumettre toutes
choses à sa majesté, et c’est là le fait d’Allahu ta’âlâ.
Paul dit aussi dans son épître adressée aux
I Cor.
15-28
Eph. I
16-17
- 26 -
Ephésiens: “Je ne cesse de rendre grâces pour vous et
de faire mémoire de vous dans mes prières, afin que le
Dieu de Notre Seigneur Jésus - Christ, le Père de
gloire, vous donne l’esprit de sagesse et de
connaissance”. Il exprime clairement ici que le don est
sollicité du Dieu du Christ Jésus et ayant dépeint Dieu
comme le Père Glorieux, il le déclare le Dieu du Christ,
ce nom désignant chez eux la troisième essence.
Il a fait les mêmes déclarations dans le livre des
Epîtres, en disant: “Dieu est l’unique. Et le médiateur
entre les hommes et Dieu, c’est l’ homme Jésus-
Christ”. Un texte évangélique dit clairement à
Publications du Waqf Ikhâs No: 5
AL GHAZALI
REFUTATION EXCELLENTE
DE LA
DIVINITE DE JESUS-CHRIST
D’APRES LES EVANGILES
TEXTE ETABLI, TRADUIT ET COMMENTE
PAR
Robert Chidiac, s.j.
Je met ici en plusieurs parties, l'intégralité de cette démonstration hallucinante du grand savant Al Ghazali, je vous conseil de bien lire car ses arguments sont irréfutables .
AVIS: Les missionnaires essayent de propager le
Christianisme, les Juifs s’efforcent de propager les paroles
corrompues de leur religieux et Hakikat Kitabevi fait la même
chose pour propager l’Islâm et les franc-maçons pour anéantir
les religions. Ceux qui sont raisonnables découvrent la vraie de
celles-ci, aident à la propager et apportent ainsi du bonheur à
tous les gens. Et cela serait le plus précieux et plus utile service
à l’humanité.
1— Les positions chrétiennes sont inacceptables
AU NOM D’ALLAH MISERICORDIEUX ET
COMPATISSANT!
Or donc, gloire à Allah et bénédiction sur Muhammad
“alehissalâm”, le meilleur d’entre ses Créatures et ses familiers!
J’ai trouvé les théories des chrétiens sur leurs croyances
vraiment faibles, chancelantes et malaisées. Celui qui y
réfléchit est saisi de stupeur à la vue de tant d’esprits qui y
adhèrent, alors que lui-même ne peut, en raison des obscurités
qu’elles présentent, y saisir rien de ce qu’il y cherche.
Les chrétiens en cela s’appuient aveuglément sur la seule
tradition et retiennent, avec bec et ongles, le sens littéral adopté
Note: Les titres et une partie des sous-titres sont ajoutés par nous pour la
clarté.
- 4 -
par les Anciens, sans que nul parmi ceux d’aujourd’hui, à cause
de leur incapacité, n’entreprenne d’en expliquer les points
difficiles. Il s’imaginent que c’est cela même la Loi révélée
établie pour eux par Hadrat ‘Îsa. Ils justifient leur adhésion par
l’autorité de textes considérés par eux comme contraignants
pour l’esprit, comme se refusant à toute interprétation
symbolique, et qu’il n’est pas aisé de détourner de leur sens
littéral.
Sur quoi, ces hommes se partagent en deux catégories.
Dans la plus nombreuse, ceux qui n’ont aucune pratique de la
science qui apprend à connaître et l’impossibilité de
l’impossible, dont on nie alors la possibilité d’existence, et la
nécessité du nécessaire dont on nie alors la non-existence, et
enfin la possibilité du possible dont on se convainc qu’aucun
des deux termes opposés, l’existence ou non-existence, ne
comporte d’absurdité. Tout au contraire, il s’est formé, dès
l’enfance, dans l’esprit de ces personnes, certaines
représentations qui ont fini par passer, l’ignorance se
prolongeant, à l’état d’habitude acquise. Cette catégorie est
difficile à guérir de son mal.
Pour ceux de l’autre catégorie, doués d’un minimum
d’intelligence et de connaissances scientifiques, tu les vois se
tenir respectueusement à distance et ne pas se permettre de
scruter cette doctrine. Ils s’en rapportent à l’autorité de
Philisophe sur l’union divine, car ils sont impressionnés des
conséquences d’une pareille doctrine à l’égard de principes
établis à qui mieux mieux par tous les bons esprits et ils
esquivent la difficulté en se réfugiant aveuglément dans la
tradition pure et simple. Convaincus que le Philosophe a
pénetré les sciences les plus obscures et les a rendues claires
et apodictiques, ils croient qu’un tel homme mérite qu’on s’en
remette à ses déclarations et qu’on suive son autorité dans les
questions de croyances. C’est pourquoi ils se tirent de la
question de l’union divine en la ramenant à celle du lien qui
rattache l’âme[*] au corps.
Si ces malheureux consultaient leur raison et cessaient
d’être menés par la passion et le fanatisme, ils s’apercevraient
[*] Sensualité, désirs sensuels
- 5 -
qu’ils se sont écartés du droit chemin et qu’ils ont abandonné
les voies de la Vérité, et ce, pour diverses raisons.
Ainsi, s’ils ont voulu suivre la méthode d’analogie, ils ont eu
tort. Car l’analogie consiste à ramener des cas particuliers à un
principe général, en raison d’un aspect commun, sur lequel
repose le jugement d’analogie. Mais quel aspect, entraînant la
réalité de ce lien (de l’âme avec le corps) dont parle le
Philosophe, a donc pu trouver le partisan de cette théorie, qu’il
puisse appliquer ensuite à l’essence du Créateur pour justifier
l’emploi de l’analogie?
De même, s’ils ne voient là qu’une manière de comparaison
et un exemple, ils se trompent également, car le terme de la
comparaison doit être connu, concevable, pour que l’on puisse
comprendre la comparaison elle - même. Or le partisan de
cette doctrine peut faire tous ses efforts pour trouver le moindre
indice qui l’éclaire sur la nature de l’âme[1] et la nature de cette
relation dont parle le Philosophe: il devra avouer son
impuissance à y parvenir. Comment peut-il alors user
d’analogie pour des réalités qui lui échappent?
De plus, une pareille analogie est de celles que le juriste ne
se permet pas, car c’est un cas d’analogie réprouvée, et qu’on
appelle analogie d’obscurité. On y cherche à établir une
proposition obscure en recourant à du plus obscur ou bien à ce
qui a besoin pour être lui-même prouvé, d’un effort de réflexion,
et qui n’est déduit que par preuves elles-mêmes confuses.
C’est le cas pour l’âme dont traite le Philosophe et dont on ne
peut concevoir l’existence que par des raisonnements
compliqués et peu évidents.
Si cette analogie n’est pas tolérée dans les conclusions
établies sur des raisonnements relativement faciles, comment y
recourir alors à propos de principes qui se rapportent à
l’essence de l’Etre nécessaire [Wajib-ul-vujud]. Comment
justifier cet emploi, alors que l’idée qui fonde le jugement, si on
consentait à l’envisager, ne laisserait admettre pour Dieu
[1] Dans le texte original, c’est le mot arabe “nafs” qui signifie: La vie
sensitive; vie; principe de la vie végétative et sensitive; sentiment; être
vivant, personne; esprit; substance; désir; sensualité.
- 6 -
aucune relation avec l’essence d’aucun être humain, du genre
de celle qui l’âme au corps. Les philosophes disent en effet que
la condition requise pour qu’une âme s’unisse à un corps, est
qu’il y ait entre les deux une certaine correspondance et
convenance en vertu desquelles le lien existe. Mais qu’Allah est
loin de tout cela!
D’ailleurs, à supposer même qu’on leur accorde ce qui
précède et que la relation à laquelle ils ont recours soit
philosophiquement concevable, ils n’en retireraient aucun
avantage et n’en seraient pas plus avancés pour établir la
divinité d’Î’sa [Salut de l'Eternel soit sur lui].
En effet, le Philosophe dit que le lien qui unit l’âme au corps
est une relation “de gouvernement” et que c’est en vertu de ce
lien que se produisent dans l’un et l’autre les impressions de
plaisir ou de douleur lorsque la puissance sensitive se trouve
affectée par ce qui convient ou la contrarie. Or il n’est pas
possible qu’on ait en vue pareil lien avec tout ce qu’il comporte
et tel qu’on vient de l’expliquer, car l’essence du Créateur ne
peut éprouver aucune impression de plaisir sensible.
Il reste donc à prendre cette “relation de gouvernement” en
dehors de toute impression de plaisir sensible, mais cela ne
sert encore de rien, car le Créateur en réalité gouverne chaque
individu qui se trouve en ce monde et exerce une fonction de
gouvernement à l’égard de toute créature.
2— Les Miracles de Jésus [Î’sâ aleihissalâm]
Mais on dira peut-être qu’on veut parler ici d’une relation
manifestée par la dérogation aux lois ordinaires, comme la
résurrection des morts et autres choses pareilles, et que cela
indique bien ce que l’on a en vue.
A quoi il faut répondre qu’une telle relation qui met celui qui
la possède en état de déroger aux lois ordinaires (de la nature)
se retrouve chez d’autres qu’ Î’sa aleihissalâm.
En effet, eux-mêmes reconnaissent que Moûçâ [Salut de
l'Eternel soit sur lui] [Moïse] a transformé la verge en serpent. Or
la résurrection d’un mort qu’est-ce autre chose qu’un être
inanimé acquérant la qualité du vivant? Bien plus, l’acte de
- 7 -
Moûçâ aleihissalam [Moïse] manifeste davantage le prodige,
car conférer la vie à ce qui ne la possède d’aucune manière,
témoigne d’une plus grande puissance que le rappel d’une
chose à son état premier. En outre, fendre la mer et en dresser
les deux parties comme une muraille gigantesque constitue un
prodige inoui. Et la Thora à laquelle ils ajoutent foi, témoigne
aussi que Hadrat Moûçâ retira sa main couverte de lèpre,
blanche comme la neige, puis la ramena de nouveau à la
couleur de sa chair. Dans les livres des Rois et des Juges, qui
comptent parmi leurs livres vénérables et dont la lecture se fait
dans les églises, il est dit que Elie et son disciple Elisée, ont
ressuscité un mort. La résurrection du fils de la veuve par Elie
est également admise par eux; de même, Hadrat Yûshâ [Josué]
arrêtant le soleil jusqu’à ce qu’il se fût emparé de la ville de
Jéricho, est un prodige des plus rares.
Il y a en outre des prophètes qui n’ont pas été chargés de
mission[1]. Quel empêchement à ce qu’ils aient eu, eux aussi,
une pareille relation à Allahu ta’âlâ, à cela près qu’elle ne se
serait pas manifestée au dehors, puisqu’aucune mission n’est
venue exiger de telles preuves.
3— La lèpre de Moûçâ [Salut de l'Eternel soit sur lui] dans la
Bible et le Coran.
Une question délicate sur laquelle il faut attirer l’attention,
c’est le mot du Kur’ân-al kerîm [le Coran] “Porte ta main dans
ton sein, tu l’en sortiras toute blanche, mais sans mal”, alors
que la Thora porte: “Wa Hanna Yadou Masoura ‘eth Kal Sûlağ”,
ce qui veut dire en arabe: “Et voici que ta (sic) main est
lépreuse, blanche comme la neige”. La thora parle nettement
de lèpre, alors que le Cor’an (Kur’an-al karîm) dit que sa
blancheur n’est pas le fait du mal.
Cela fait difficulté à un examen superficiel, mais celui qui a
l’esprit exercé n’a pas de peine à faire la conciliation. Elle
consiste en ce que la lèpre est un mal produit par une
indisposition qui provoque un épaississement des humeurs,
[1] Les Prophètes à qui Allahu ta’âlâ n’a pas envoyé des livres sacrés, si
bien qu’ils n’ont pas de sharia (religion). On les appelle Nébî.
- 8 -
que la force transformante se trouve alors incapable de
ramener à la couleur de la chair. Or l’on sait que la blancheur
de la main de Moûçâ aleihissalâm n’a pas résulté d’une
indisposition. En effet, quiconque se trouve indisposé de la
manière que nous avons décrite, est atteint de ce mal. Si la
force transformante prend le dessus, elle le supprime, mais
alors ce qui faisait le propre du prodige disparaît. (Dans notre
cas) au contraire, la blancheur était le fait d’un prodige
extraordinaire, et le propre d’un prodige extraordinaire est
d’aller à l’encontre de ce qui est habituel et accoutumé. C’est
cela qui est indiqué par le Kur’an-al Karîm quand il dit: “sans
mal”, c’est-à-dire qu’Allahu ta’âlâ a donné à Hadrat Moûçâ le
pouvoir de rendre sa main lépreuse, sans mal cependant, et de
la ramener à la couleur de sa chair, sans le secours d’une force
transformante, afin qu’ils (les Juifs) aient ainsi le privilège de
posséder des prodiges extraordinaires accomplis par
l’intermédiaire de Hadrat Moûçâ. Il n’y a, en effet, le prodige
extraordinaire que l’effet se produit séparé de sa cause
habituelle et qui est seule à le produire. Cet effet a été ensuite
désigné ici par la blancheur, qui est l’une de ses propriétés. La
conciliation est évidente.
4— Confiance aveugle faite aux philosophes.
Ce qui va encore à affaiblir la valeur de leur croyance (aux
chrétiens) sur ce point, c’est la doctrine du Philosophe,
concernant l’âme [nafs] et ses relations (avec le corps), pour
laquelle ils tiennent. Leur affirmation sur ce sujet n’a d’autre
appui que l’estime qu’ils ont pour les tenants de cette doctrine,
alors qu’ils sont eux-mêmes incapables d’en fournir la preuve.
Ils croient que ceux qui soutiennent cette théorie ont fait
dans les sciences des découvertes si profondes que l’esprit
revient bredouille sans avoir pu les saisir, en raison de
l’obscurité de leurs principes et de la difficulté de leur
démonstration. Celui qui en est là, pensent-ils, ses paroles sont
infaillibles.
Mais alors, quand on tient pareil langage, on devrait suivre
également le Philosophe quand il dit que le don de prophétie
peut être acquis; que le monde n’a pas eu de commencement,
et n’admet ni génération ni corruption, que le Créateur ne
- 9 -
connaît point les êtres particuliers et que l’Un ne peut donner
naissance qu’à l’Un, que le Créateur de tout est Pure Existence
et qu’il ne possède dans son être ni connaissance, ni vie, ni
puissance et bien d’autres affirmations encore par lesquelles
les philosophes ont rejeté les règles édictées par les
législateurs religieux et ont contredit ouvertement les Prophètes
envoyés d’Allahu ta’âlâ.
Il est étrange de voir des Chrétiens suivre des gens dont les
opinions ne permettent pas même de concevoir ce qui leur sert
à établir le privilège du fondateur de leur Loi. Ces gens
soutiennent, en effet, l’impossibilité de la formation de l’enfant
du seul sperme maternel, sans la participation du sperme viril
qui serait nécessaire soit simplement, selon leur maître, pour
provoquer l’épaississement du premier, soit pour entrer en
composition avec lui, suivant l’opinion de Galien.
Si la passion et l’obstination qui nous poussent à ne pas
changer ce qui nous est devenu habituel, faisaient dire à
quelqu’un: “Pour ce qui vient d’être cité, on a établi par des
preuves que les philosophes se sont trompés, mais pour le
reste ils conservent l’estime que nous leur portions!”, à cela, il
faudrait répondre que celui qui apparaît tantôt dans l’erreur et
tantôt dans la vérité, tout ce qu’il dit reste susceptible d’erreur
comme de vérité.
Personne ne s’appuie sur l’autorité d’un pareil homme
puisque l’on ignore sur quoi il fonde ses affirmations, et que
(par ailleurs) il rejette derrière le dos les déclarations des
législateurs religieux: d’autre part, le croyant ne tient aucun
compte des passages obvies de son propre Livre où est
indiquée l’humanité du fondateur de sa loi; il ne fait exception
que pour les passages qu’il se refuse à interpréter
métaphoriquement et qui appuient ses prétentions au sujet de
la qualité divine, faisant en cela, à l’esprit, une violence
manifeste. Il existe pourtant, dans l’Evangile, des passages qui
témoignent de l’humanité pure et simple de Î’sa et d’autres qui
témoignent que lui attribuer la Divinité ainsi qu’ils le prétendent,
est chose impossible. Ces passages se rencontrent dans
l’Evangile qui est le plus évident pour eux, celui de Jean, fils de
Zébédée.
- 10 -
5— Méthode de réfutation et Principes d’exégèse.
Je citerai un à un les passages de ce livre, en indiquant les
chapitres tels qu’ils s’y trouvent, de peur qu’ils ne soient
contestés par eux, car leurs livres ne sont pas conservés dans
leurs coeurs. Mais avant de commencer à les citer, il me faut
exposer deux principes sur lesquels les exégètes sont
d’accord.
Le premier est que les passages qui se présentent, s’ils sont
d’accord avec la raison, doivent être pris dans leur sens littéral.
Si, au contraire, ils contredisaient l’évidence raisonnable, il
faudrait alors les interpréter: leur sens littéral n’est pas celui
qu’on a voulu exprimer et il faut alors les ramener au genre
métaphorique.
Le second principe est que s’il se rencontrait des assertions
contradictoires, les unes affirmant une vérité, les autres la
repoussant, on ne les laissera dans cette opposition qu’après
s’être senti impuissant à les concilier, parce que la conciliation
est effectivement impossible et qu’elles n’admettent aucun
accord de convergence vers une signification commune.
Ceci admis, nous allons maintenant commencer par citer les
passages qui indiquent l’emploi métaphorique des termes que
Hadrat Î’sâ a appliqués à sa personne et qui pourraient faire
croire à sa divinité; puis les passages qui indiquent l’emploi de
la métaphore dans la question de l’unité avec Dieu[1], comme
sa déclaration “Moi et le Père, nous sommes un”, et “Celui qui
me voit, voit le Père”, et encore “Je suis dans le Père et le Père
est en moi”.
Nous continuerons par des passages qui manifestent son
humanité pure et simple et nous les concilierons avec ceux qui
ont soulevé chez nos adversaires pour eux, des difficultés
devant lesquelles leur intelligence a abdiqué, impuissants qu’ils
furent à leur trouver une interprétation. Ils ont ainsi versé dans
[1] Nous traduisons ici le mot اتحار par “Unitéavec Dieu” qui nous semble
être dans le mouvement de la pensée et plus expressif dans le
contexte que “Union”. Cf. aussi page 10 lig. 19. Pour bien faire il
faudrait mettre le mot grec “ϖνωαις ”. Ce terme traduit et introduit
une nuance d’unification. C’est “Union” au sens fort.
- 11 -
l’aveuglement et l’égarement. Nous dépenserons à tirer ces
difficultés au clair, une somme d’efforts suffisante pour que la
Vérité luise éclatante, dans toute sa splendeur et sa majesté.
- 12 -
II. — DISCUSSION DES TEXTES EVANGELIQUES
1— Passages métaphoriques ayant trait à la Divinité de
Jésus.
a) Premier passage. — “Moi et le Père sommes Un”.
Le premier passage est donné par Jean dans son Evangile
au chapitre 24
“Moi et le Père, nous sommes Un. Les Juifs
s’emparèrent alors de pierres pour le lapider. Il leur
répondit en disant: je vous ai montré beaucoup de
bonnes oeuvres venant de mon Père. Pour laquelle de
ces oeuvres me lapidez-vous? Les Juifs répondirent:
ce n’est pas à cause des bonnes oeuvres que nous te
lapidons, mais à cause du blasphème, car alors que tu
es un homme, tu te fais Dieu. — Jésus leur répondit:
“N’est-il pas écrit dans votre livre sacré [Thora] J’ai dit:
“Vous êtes des dieux.” — Si donc elle a appelé “dieux”
ceux à qui la Parole a été adressée —et l’Ecriture ne
peut être anéantie — à combien plus forte raison celui
que le Père a sanctifié et qu’il a envoyé dans le
monde!”
Nous répondons: Ce passage est en faveur de la thèse que
nous voulons établir à propos de la question de l’union. Voici
comment:
Lorsque les Juifs reprochèrent à Î’sa [Salut d'Eternel soit sur
lui] sa déclaration “Moi et le Père, nous sommes Un”, et c’est là
proprement toute la question de l’union, croyant qu’il entendait
ces paroles “Moi et le Père, nous sommes Un”, dans leur
signification littérale, et qu’il serait ainsi réellement Allahu ta’âlâ,
il écarta leurs reproches, en déclarant qu’il parlait en manière
de métaphore. Puis il leur montra le fondement de la métaphore
en leur proposant une comparaison. Il leur dit:
Jo.X
30-36
- 13 -
“Dans votre Loi, on vous a appelés des dieux. Vous n’êtes
cependant pas réellement des dieux. Ce terme vous a été
cependant appliqué dans un certain sens et ce sens est que la
Parole vous a été adressée, et moi, je partage cela avec vous.”
Nous trouvons aussi dans notre Loi quelque chose de
semblable. Le Maître des Prophètes a dit en s’exprimant au
nom d’Allahu ta’âlâ: “Ceux qui veulent se rapprocher de moi,
n’y arriveront jamais mieux qu’en accomplissant mes
préceptes. Puis mon serviteur ne cessera de se rapprocher de
moi par les oeuvres de surérogation jusqu’à ce que je l’aime. Et
quand je l’aurai aimé, je serai pour lui l’oreille par laquelle il
entend, l’oeil par lequel il voit, la langue par laquelle il
s’exprime, la main par laquelle il accomplit des exploits”.[1] Or il
n’est pas possible que le Créateur soit proprement présent
dans chacun de ces membres ou qu’IL soit ces membres euxmêmes.
Mais le serviteur qui a fait tous ses efforts pour obéir à
Allahu ta’âlâ, IL lui donne force et assistance. Grâce à cela il
est mis en mesure de parler avec sa langue et d’accomplir des
exploits avec ses mains, et toute autre oeuvre enfin qui
rapproche d’Allah. C’est ainsi que celui qui donne à un autre de
pouvoir frapper de l’épée, alors que sans LUI, il n’aurait pu le
faire, dirait: “Je suis la main avec laquelle tu frappes”. C’est là
un genre de métaphore dont l’emploi est correct, parfaitement
licite et hors de conteste.
Î’sa, d’ailleurs, a indiqué dans ce passage le sens de la
métaphore, en disant: “Parce que la Parole leur a été
adressée”. Or il est impossible qu’il veuille entendre par
“Parole” une expression matérielle formée de lettres, mais bien
plutôt a-t-il voulu dire par ce mot “Parole” un secret venant de
Dieu, qu’il confie à qui il veut d’entre ses serviteurs. Ce secret
leur apporte assistance pour supprimer l’obstacle qui les
sépare de Dieu. Ils en arrivent ainsi à ne plus aimer que ce
qu’IL aime, à ne haïr que ce qu’il hait, à répudier tout ce qui lui
déplaît, à ne désirer que ce qu’IL désire, en toute parole ou
action qui conviennent à sa Majesté (divine).
[1] C’est le hadith qu’Allahu ta’âlâ inspire dans le coeur de Son Prophète
Muhammad aleihissalâm [paix et bénédiction soient sur lui] et il le
communique à tout le monde.
- 14 -
Quand par la faveur divine, ils ont été amenés à cet état, ils
réalisent en eux la disposition fondamentale qui justifie la
métaphore.
La légitimité de cette interprétation, par le recours au sens
métaphorique ci-dessus, est démontrée par le fait que Hadrat
Î’sa lui-même s’est défendu de vouloir user, dans ce passage,
du sens propre exprimant l’union, en disant: “Combien plus
celui que le Père a sanctifiée et qu’il a envoyé”! Il s’y est
nettement proclamé Envoyé de Dieu et s’est défendu de
prétendre à la divinité comme les Juifs l’avaient cru. Il s’est
attribué, par contre, les prérogatives des prophètes et la
supériorité de ce rang sur ceux qui ne le sont pas, par ces
paroles: “Combien plus celui qu’il a sanctifié et qu’il a envoyé.
C’est-à-dire: “je partage avec vous la disposition fondamentale
qui justifie la métaphore et je vous dépasse de tous les degrès
et de la prophétie et de la qualité d’Envoyé”.
En effet, si l’exemple qu’il leur a proposé n’écartait pas
d’une manière décisive le sens littéral que les Juifs s’étaient
imaginé, en cela il les eût trompés et il eût égaré leur croyance.
Or l’erreur dans ce domaine conduit à la colère de Dieu, ce qui
ne convient pas aux Prophètes et aux Envoyés qui ont charge
de guider vers la Vérité. Car retenir la lumière quand le besoin
s’en fait sentir, n’est pas permis à un Prophète. Comment en
serait-il ainsi pour Î’sa [Salut de l'Eternel soit sur lui], alors qu’il est
dit dans leurs livres (des chrétiens), “qu’il a été envoyé pour le
salut du monde”, enseignant ce qui doit être attribué Allahu
taâlâ et ce qui, au contraire, répugne à sa nature. Il serait, en
effet, sauveur du monde, s’il leur montrait quel est Dieu à
adorer. Si c’était lui-même Allah qu’il faut adorer et qu’il les eût
détournés de cette croyance en leur proposant la comparaison
en question, il leur aurait ainsi enjoint d’adorer un autre que lui
et les aurait détournés de l’adorer lui-même, étant toujours
supposé que c’est lui (Allah) qu’il faut adorer. Ce serait là
tromperie et supercherie peu compatibles avec la qualité de
celui dont on prétend qu’il est venu pour le salut du monde,
moins encore de celui qui du milieu de la foule s’est levé
comme conseiller et comme guide, et qui, de plus, s’est
réclamé de sa qualité d’Envoyé (Prophète) d’Allahu ta’âlâ, avec
mission de guider et de conseiller.
- 15 -
Si l’on dit qu’il ne leur a proposé cette comparaison que pour
leur donner le change et pour détourner de sa personne leur
malice, nous répondons que la crainte des Juifs ne convient
pas à celui qu’ils prétendent être le Dieu de l’univers et le
Créateur des Etres.
Je me demande ce que pourra dire encore l’adversaire
après que ces vérités auront lui à ses yeux plus clairement que
le lever du jour, et comment il pourra, se refusant à interpréter
ce passage et autres semblables, continuer à tâtonner dans la
nuit, alors que le fondateur de sa Religion l’interpréta lui-même
tout le premier.
b) Deuxième passage. — “Qu’ils soient un avec Toi comme
Nous”.
Jean, que nous avons déjà mentionnée, l’indique dans son
Evangile au chapitre 37:
“Père Saint, garde-les dans ton nom que Tu m’as donné afin
qu’il soient un avec Toi comme Nous”.
Ce passage est semblable à celui qui précède. Il confirme
que Î’sa aleihissalâm rejette le sens propre, en faveur de la
métaphore indiquée. La preuve en est qu’Î’sa aleihisselam prie
Allahu ta’âlâ pour ses disciples, afin qu’IL les garde dans son
Nom comme IL le garde lui-même et que cette protection les
conduise à l’union divine. Puis employant la particule de
comparaison, il dit: “comme nous”, c’est-à-dire que cette unité
soit comme mon unité avec toi.
Si donc son unité avec Allah lui conférait le droit à la
Divinité, il s’ensuivrait nécessairement qu’il aurait demandé
pour ses disciples d’être des dieux. La seule pensée en est
déjà une honte, même pour qui rejette tout contrôle de sa
raison; combien plus pour celui qui a gardé la moindre rectitude
de pensée!
Tout le passage, au contraire, s’appuie sur la métaphore
indiquée, à savoir que Î’sa aleihissalâm a demandé à Allah de
déverser sur eux ses dons avec les bienfaits de la sollicitude et
de son assistance pour les guider vers le but désiré par Lui et
qui est seul digne de sa Grandeur. Ils en viennent ainsi à ne
plus désirer que ce qu’IL désire, à n’aimer que ce qu’IL aime, à
- 16 -
ne haïr que ce qu’IL hait, à ne rien dire ni faire qui ne Lui agrée
et qu’IL ne souhaite voir arriver. Quand ils ont atteint cet état, la
métaphore employée devient alors pleinement légitime.
La preuve du bien-fondé de cette explication c’est que celui
qui aurait un ami en parfait accord avec ses desseins et ses
désirs, de sorte qu’il aime ce qu’il aime, qu’il haïsse ce qu’il hait,
il lui serait possible de dire: Moi et mon ami nous sommes un.
En outre, Î’sa a montré dans le même passage, que son
unité avec le (Père) était métaphorique et que lui-même n’était
pas vraiment Dieu. Voici ses paroles: “Qu’ils soient Un avec
Toi; comme Nous”. Il veut dire par là: s’ils obtiennent de Toi une
asistance qui les amène à ne désirer que ce que Tu désires
leur unité avec Toi sera semblable à ma propre Unité avec Toi,
puisque telle est ma condition à Ton égard. Je ne désire, en
effet, que ce que Tu désires et n’aime que ce que Tu aimes.
Pareillement ces autres paroles: “Père Saint, garde-les dans
ton Nom!”, par lesquelles il implore pour eux, Allahu ta’âlâ qui
détient entre ses mains[1] les bienfaits et les maux. S’il avait été
Dieu lui-même, il aurait été capable de les garder sans implorer
l’assistance d’un autre et sans lui demander de les garder.
Combien admirables toutes ces indications où il nous
prévient de l’emploi du sens métaphorique et nous détourne du
sens littéral!
Une déclaration du même genre a été faite par Paul dans la
lettre qu’il a envoyée à Corinthe[2], quand il eut compris la
signification de ces passages; il dit:
“Celui qui s’appuie sur Allah devient avec Lui un seul esprit”.
Cette déclaration montre qu’il y a vu le même sens que nous, et
compris que ces passages ne sont pas proposés au sens
propre.
c) Troisième passage. — “Je leur ai donné la gloire... afin
qu’ils soient un comme nous sommes un”.
Jean le mentionne dans son Evangile, également au chap.
[1] La puissance d’Allahu taâlâ.
[2] Une ville de la Grèce ancienne, près d’Athènes.
- 17 -
37:
“Sanctifie-les dans Ta Vérité. Ta parole, en
particulier, est la Vérité. Comme Tu m’as envoyé au
monde, je les ai aussi envoyés au monde. Et je me
sanctifie moi-même pour eux, afin qu’ils soient eux
aussi sanctifiés dans la Vérité. Ce n’est pas pour eux
seulement que je prie, mais encore pour ceux qui
croiront en moi par leur parole, afin qu’eux aussi soient
un, que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es un en
moi, et comme je suis en Toi, afin qu’eux aussi soient
un en nous pour que le monde croie que Tu m‘as
envoyé. Et moi je leur ai donné la Gloire que Tu m‘as
donné, afin qu’ils soient un comme nous sommes un.”
Ce passage est très clair et corrobore ce que nous avons
dit. La preuve en est que Hadrat Î’sa a levé le voile de
l’équivoque et a indiqué le sens de la métaphore par ces
paroles: “Et moi je leur ai donné la gloire que Tu m’as donné,
afin qu’ils soient un”, c’est-à-dire que cette Gloire les rassemble
dans leur dispersion et fasse que dans toutes leurs actions ils
rivalisent de soumission à ton égard, aimant ce que Tu aimes,
haïssant ce que Tu hais, désirant ce que Tu désires. Ils
deviendront ainsi pareils à un seul homme par la conformité de
leurs opinions, de leurs actions et de leurs croyances, comme
nous sommes un, c’est-à-dire comme je suis un avec Toi parce
que Ta Gloire que Tu m’as donnée a fait que je n’aime que ce
que Tu aimes, ne désire que ce que Tu désires, ne hais que ce
que Tu hais, ne déteste que ce que Tu détestes et qu’aucune
action enfin, ni aucune parole n’émane de moi, sans que Tu n’y
consentes”.
Sa condition à l’égard d’Allah étant ainsi établie, il a indiqué
ici que lui obéir, c’était obéir à Allah, et qu’obéir à Allah c’était
aussi lui obéir. C’est là le propre des prophètes envoyés
d’Allahu ta’âlâ.
Puis mettant en pleine lumière le sens métaphorique, il a
ajouté: “comme Toi, Père, Tu es en moi, et moi en Toi, afin
qu’ils soient, eux aussi. Un en Nous”, voulant dire par là: “Si
leurs paroles et leurs actions rivalisaient pour être en accord
avec ton désir, ton désir étant le mien, nous serions tous par là
Jo.17
17-22
- 18 -
comme un seul être, en raison de la conformité de nos
volontés”.
Il ne s’en tient pas là, par crainte que l’imagination trop faible
ne s’attachât à la lettre de ces passages, et il déclare qu’il est
un envoyé et dit: “Afin que le monde croie que Tu m’as
envoyé”. Il se fait plus explicite encore et déclare: “Ce n’est pas
pour eux seulement que je prie, mais aussi pour ceux qui
croient en moi, afin qu’ils soient tous un, comme nous sommes
un”, voulant exprimer par là que son unité avec Allah n’entraîne
pas sa propre divinité; sinon ce serait aussi le cas pour l’unité
des autres avec Allah, puisqu’il lui avait également demandé de
les rendre un avec Lui.
Admirons donc tout ce qu’il y a de beauté dans ce passage.
Des choses évidentes, qu’on déclare prendre dans leur sens
vrai; d’autres qui ont un sens apparent mais on déclare que ce
n’est pas ce sens apparent que l’on a en vue, et tant d’autres
merveilles enfin dont nos (adversaires) se détournent au
passage! Que Dieu bénisse celui qui a dit: “Combien qui raillent
une parole vraie et dont le seul malheur est d’être faibles
d’esprit! Les oreilles de chacun n’en retiennent que ce qui est à
la mesure de ses aptitudes et de sa science.”
Dans le même Evangile de Jean[*], on trouve le témoignage
que l’interprétation donnée plus haut correspond bien au sens
qu’on a voulu exprimer:
“Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi
seulement, mais en Celui qui m’a envoyé, et celui qui
me voit, voit Celui qui m’a envoyé”, ayant fait de la
soumission à sa personne la soumission à Dieu luimême;
puis, se considérant comme chargé de
manifester ce qui est en Allah, il dit: “et celui qui me
voit, voit aussi Celui qui m’a envoyé”, c’est-a-dire: c’est
moi qui manifeste réellement ce qui est en Lui,
j’ordonne ce qu’Il ordonne et je défends ce qu’IL
défend et toutes mes décisions émanent de Lui.” Or
c’est là la condition des Prophètes fidèles.
Et ce qui montre encore de la façon la plus claire que ce
[*] au chapitre 25.
Jo.
12-44
- 19 -
n’est pas le sens réel de ces passages que l’on a en vue, mais
qu’ils sont employés dans le sens métaphorique dont il a été
question, c’est que l’Evangéliste Jean, fils de Zébédée, l’auteur
de l’Evangile auquel ces passages sont empruntés, l’un des
disciples qui comptent pour eux parmi les plus grands, au point
d’être appelé le Bien-Aimé du Maître, lorsqu’il eut compris les
acceptions indiquées et que ces passages étaient détournés de
leur sens réel vers le sens métaphorique ci-dessus, Jean, dans
sa premiére épître que l’on trouve au livre des Actes, déclare ce
qui suit:
“Dieu, nul ne l’a vu. Si donc nous aimons les uns les
autres. Dieu demeure en nous et sa charité est parfaite
en nous, et nous connaissons que nous demeurons en
Lui et que Lui aussi demeure en nous, parce qu’IL
nous a donné de son Esprit. Et nous avons vu et nous
attestons que le Père a envoyé son fils pour le salut du
monde”.
Il y a dit également:
“Celui qui confesse que Jésus est le fils de Dieu,
Dieu demeure en lui et lui aussi demeure en Dieu”.
Ce disciple, vénérable à leurs yeux, a tenu ce langage pour
signifier la présence d’Allahu ta’âlâ, disant: “Et par là nous
savons que nous demeurons en Lui et que Lui aussi demeure
en nous.” Si donc ce disciple, vénérable à leurs yeux, avait
compris que la présence dont Î’sa aleihissalâm avait parlé dans
les passages précédents entraînait la divinité, il se serait
attribué la divinité à lui-même et aux autres en disant: “Et par là
nous savons que nous demeurons en Lui et qu’IL demeure
aussi en nous”. En réalité, ils ne croient pas cela de Lui, ni
d’aucun des autres disciples et adeptes de Hadrat Î’sa. Il faut
donc qu’il ait compris ces passages dans le sens métaphorique
signalé par nous.
Autre preuve dans le fait qu’il a lui-même laissé entendre le
sens métaphorique par ces paroles: “En ce qu’il nous a donné
de son Esprit”. Il veut dire par là qu’IL nous a prodigué de sa
grâce et de sa protection, par quoi nous apprenons ce qui
convient à sa Grandeur; Il nous a ensuite assistés, pour que
nous y conformions notre conduite de sorte que nous ne
I Jo.4
12-14
Jo.
4-15
- 20 -
désirions plus que ce qu’IL désire et que nous n’aimions plus
que ce qu’IL aime”. On en revient ainsi de nouveau à l’emploi
du sens métaphorique indiqué.
Il reste cependant dans ce 3e passage des considérations
plus subtiles qu’on ne peut déduire que par l’exercice d’une
réflexion attentive. Ainsi, lorsqu’il dit Î’sa: “je leur ai donné la
Gloire que Tu m’as donnée”, d’après le sens littéral, ce terme
est pris dans son acception totale, car Hadrat Î’sa a désigné
d’abord la gloire au sens courant du mot, puis l’a spécifiée en
disant: “celle que tu m’as donnée”. Il semblerait qu’il désigne
par là tous les éléments que comprend la Gloire. Comme si
quelqu’un disait: “J’ai donné à un tel les dirhems que tu m’as
donnés ou le cadeau que tu m’as envoyé”: il semblerait
désigner la totalité (des présents). Mais si l’on veut être
impartial, l’on verra que ce n’est pas le sens propre que l’on a
en vue, car les éléments de la gloire qui lui a été départie
comprennent la qualité de prophète et celle d’envoyé, avec tout
ce qu’elle comporte: rang, ascension au Ciel et puissance
d’accomplir des merveilles extraordinaires. Et toutes ces
choses ne sont pas comprises dans ce qu’il donne. D’où la
nécessité de prendre le terme dans une acception bien
déterminée, autrement, il faudrait le supprimer.
Il reste donc que par le “don”, il a voulu exprimer qu’il leur
communquait la science ce qui convient à Allahu ta’âlâ. Il
demanda ensuite pour eux l’assistance toute spéciale d’en
haut, pour agir en vertu de cette science. Il dit donc: “Sanctifieles
dans Ta Vérité”, c’est-à-dire: “Moi je leur ait fait connaître ce
qui convient à Ta Majesté, et c’est là le rôle des Prophètesenvoyés.
Guide-les maintenant toi-même, et assiste-les, afin
qu’ils agissent en conséqence”. C’est là le propre d’Allahu taâlâ
qui seul a le pouvoir de créer les actions (humaines).
Si l’on dit: Pourquoi ne serait-il pas possible de comprendre
dans la Gloire qui lui a été donnée l’union qui lui a valu d’être
Dieu? (bien qu’il soit prouvé que ce n’est pas ce qu’il a voulu
dire et que cette union (spéciale) n’est pas donnée, et qu’elle
n’est donc pas visée malgré qu’elle soit comprise sous le
vocable général (de gloire). Nous répondons: il y a de quoi
pleurer sur une argumentation aussi piteuse! La Divinité se
prête-t-elle donc à être donnée? Les gens de raison sont tous
- 21 -
d’accord sur une pareille impossibilité. Et y a-t-il là autre chose
qu’une pétition de principe? sans le recours à aucune sorte de
preuve en dehors des significations littérales que nous avons
déjà expliquées et retirées de leurs mains: Le fondateur de leur
religion les a d’ailleurs lui-même interprétées, se défendant de
les prendre d’une manière absolue et de les employer dans leur
sens propre.
2— Passages ayant trait à l’humanité de Jésus [Salut de
l'Eternel soit sur lui].
Une difficulté de ce genre, en outre, ne se tranche pas par
simple supposition et exige une argumentation par preuves
solides, en particulier pour un personnage dont la nature
humaine est évidente, clairement établie, avec tous ses tenants
et aboutissants et toutes ses notes “essentielles”, comme
l’animalité, la parole, la fatigue, la faim, la soif, le sommeil, la
gestation dans le sein maternel, et la souffrance, d’après ce
qu’ils prétendent du moins, dans la Crucifixion, où il a dit: “Mon
Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?” Or tout cela est
contraire à la Divinité.
a) Le figuier maudit.
Comment peut-on le nier d’ailleurs, alors qu’on trouve dans
l’Evangile de Marc ce qui suit:
“Et le lendemain, ils sortirent de Béthanie et il eut
faim. Et il aperçut de loin un figuier qui portait des
feuilles. Il s’en approcha pour y chercher des fruits,
mais lorsqu’ils s’en fut approché, il n’y trouva rien
d’autre que des feuilles, car on n’était pas au temps
des figues”.
Il a témoigné dans ce passage qu’il éprouvait la faim et qu’il
croyait les choses autrement qu’elles n’étaient, car il crut que
l’arbre portait des fruits, en quoi il se trompait; et il crut que
c’était l’époque des figues ou bien que l’arbre avait porté des
fruits en dehors de l’époque des figues, ce qui dans l’un ou
l’autre cas était contraire à la réalité.
On pourrait demander quel intérêt il y avait alors à détruire
cet arbre?
Jo.11
12-13
- 22 -
Nous répondons: il ne l’a fait que pour confirmer ses
disciples dans leur foi et pour les porter à multiplier des oeuvres
capables d’obtenir, (entre autres) de pareils effets. Les
prophètes et les saints, quand ils reçurent l’assurance du
paradis, ce fut celle d’un paradis entouré d’éprouves
rebutantes. Endurer la faim et l’accepter (de bonne grâce)
compte parmi les éprouves les plus rudes; or les malheurs que
l’on endure minent le rempart de la piété chez les initiés, et
chez le vulgaire, entraînent la perte d’un grand nombre. En leur
montrant donc une pareille action comme une conséquence
des bonnes oeuvres, il les engageait eux aussi à multiplier ce
qui porte de tels fruits, mettait dans leur coeur le mépris des
misères de la vie et de ses souffrances. Il montrait en outre que
l’épreuve de la faim et de la souffrance envoyée aux Prophètes
ne signifiait pas un manque de considération pour leur
personne ou leur dignité, mais avait pour but de les tenter et de
les éprouver. Celui qui aura supporté l’épreuve avec
reconnaissance et soumission, sera capable d’accomplir de
pareilles choses.
Ce qui justifie encore cette interprétation, c’est le discours
de Hadrat Î’sa à Pierre dans la suite de ce passage; alors que
ce dernier lui avait dit: “Maître, ce figuier que tu as maudit, s’est
desséché” — “Si vous aviez de la foi en Dieu, en vérité, je vous
le dis, si quelqu’un dit à cette montagne: ôte-toi de là et jette-toi
dans la mer, et qu’il ne doute pas dans son coeur, mais croit
que ce qu’il dit se fera, il le verra s’accomplir pour lui”.
Tout cela montre bien que le desséchement de l’arbre n’est
qu’un simple prodige, car il leur a conféré de pouvoir par la
sainteté, transporter les montagnes et les jeter dans la mer, ce
qui est plus considérable que de dessécher un arbre.
Il y a encore une autre chose de ce genre qu’il a présentée
dans l’Evangile et qu’il a expliquée clairement.
C’est quand il a dit: “En vérité, en vérité, je vous le
dis, celui qui observe mes commandements fera les
oeuvres que je fais et de plus grandes encore il fera”[1].
[1] “Celui qui me croit que je suis le Prophète envoyé par Allahu ta’âlâ et
qui fait mes commandements fera les prodiges que je fais”.
Joa.
XIV
12
- 23 -
Confirmation nous en est, d’ailleurs, donnée dans le
passage même que nous examinons où il est nettement
question de la faim et de la recherche d’un fruit sur l’arbre. Par
là se trouve également renversée l’affirmation de celui qui dit: “Il
n’a accompli ce prodige que pour montrer qu’il avait le pouvoir
de faire périr ce qui est vivant”. Dans ce cas il faudrait que
l’auteur du passage évangélique ait menti quand il dit: “Il eut
faim” et quand il dit: “et il s’approcha pour y chercher un fruit”. Il
a fait de ce désir (de Jésus) la cause de sa démarche. —
L’explication qu’ils donnent est-elle vraiment autre chose
qu’une grossière aberration de leur esprit! Car il ne s’est
approché de l’arbre que pour y chercher un fruit. Comme celui
qui dirait: Ayant eu faim, j’aperçus un arbre et je m’y portai pour
y chercher un fruit. N’y toruvant rien, par une malédiction je la
desséchai, afin que l’on comprit que je suis un dieu capable de
faire périr les vivants. Leur langage est celui des gens bornés.
Qu’Allah est loin de tout cela!
b) Quatrième passage: L’ignorance du “jour et de l’heure”.
Le quatrième passage est donné par Marc dans son
Evangile[1].
“Quant à ce jour et à cette heure, nul ne les connaît, ni les
Anges qui sont au Ciel, ni le Fils, seul le Père”.
Il fait dans ce passage profession d’humanité pure, écartant
de lui la Science propre à la divinité, et c’est là une des
meilleures preuves de cette humanité pure. Mais leurs
divagations les a portés à entendre ce passage, comme si les
mots “Anges” et “Fils”, faisaient partie d’une même énumération
avec le “jour” et “heure”. Ce qui reviendrait à dire: “Quant à ce
jour et à cette heure, ainsi que les Anges et le Fils, nul ne les
connaît, si ce n’est le Père.”
De tels esprits sont bien étonnants, comment n’ont-ils pas
senti que les attributs divins, même s’ils ne sont pas établis par
des preuves solides, ne laissent pas cependant d’apparaître
clairement. Considère donc combien est forcée cette
interprétation qui choque rien qu’à l’entendre et combien
d’expressions évidentes elle contredit. En outre, quand le
[1] Au chapitre 24.
- 24 -
partisan de cette théorie se trouva acculé et qu’on lui eût
demandé quel mot dans ce passage posait une interrogation
sur les Anges et le Fils, pour permettre une réponse pertinente,
il recourut au mensonge et dit: Hadrat Î’sa a compris qu’on
l’interrogeait sur les Anges et le Fils et a répondu sur les deux à
la fois.
De plus, l’auteur de cette interprétation y a eu recours pour
ne pas dénier à Allah la science qu’il faut lui attribuer, mais
l’interprétation qu’il donne tombe dans la même difficulté, sauf
qu’elle suppose en Allah une ignorance plus grande encore.
Et voici qui le prouve: S’il considère “Fils” et “Anges” comme
énuméres avec “jour” et “heure”, le sens serait alors: “Quant à
connaître l’ “heure” même, ainsi que la nature du Fils et des
Anges, le père seul le peut”.
Or, Î’sâ aleihissalâm (Jésus) quand il emploie le mot “Fils”
se désigne lui-même, et quand il emploie le mot “Père” il
désigne Dieu. Voilà donc ramenée cette même ignorance qu’ils
ont voulu écarter, mais plus grande encore, car d’après le sens
littéral du passage cité, Î’sâ aleihissalâm s’était défendu de
posséder la connaissance de l’Heure exacte, et dans cette
interprétation, il se serait défendu de connaître et l’Heure
exacte et sa propre nature et la nature des Anges. Quels
esprits étranges que ceux-là! L’homme sage doit remercier
Allah de l’avoir gardé d’un pareil dérèglement, il n’a que
dérision pour qui voulant écarter une moindre ignorance, arrive
à en affirmer une plus grande.
Il est donc clair que s’écarter du sens obvie de ce passage
est pure divagation? Il serait indigne d’un homme de perdre son
temps à s’en occuper.
c) Cinquième passage: “Celui que tu as envoyé, Jésus-
Christ [Î’sâ aleihissalâm].
Le cinquième passage est donné par le même Jean, dans
son Evangile, au chapitre 37:
“Ayant dit cela, Jésus leva les yeux au Ciel et dit:
“Père l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton
Fils te glorifie. Comme tu lui as donné autorité sur toute
chair afin qu’il donne la vie éternelle à tous ceux que tu
Joa.
XVII
1-3
- 25 -
lui as donnés. Et ceci est la Vie Eternelle qu’ils te
connaissent comme le seul Dieu véritable et celui que
tu as envoyé, Jésus-Christ”.
Dans ce passage, il attribue au Christ la qualité d’envoyé, or
cette qualité ne peut se rapporter à l’humanité Christ, car (il faut
dire ici) que le Christ est un terme qui désigne chez eux
l’ensemble d’une substance composée de divinité et
d’humanité.
Si quelqu’un prétendait que ce terme (de Christ) n’est pas
pris en rigueur, la phrase ci-dessus ne serait pas correcte alors,
et serait contredite par l’impossibilité d’user d’une pareille
tournure dans le langage ordinaire. Ainsi de dire: “J’ai vu de
l’encre”, alors qu’on veut signifier le sulfate de fer en tant que
tel et indépendamment de sa qualité d’encre, ne serait juste
d’aucune manière.
Et encore, à supposer qu’on ait pu démontrer que la langue
de l’Evangile a cette particularité de pouvoir, en exprimant le
tout, signifier seulement la partie. Le ferait-on, il resterait que ce
que nous avons dit constitue une réponse suffisante, en raison
de la ressemblance de cette langue avec l’arabe. Et si on ne le
faisait pas, l’objection tomberait d’elle-même et point ne serait
besoin de la réponse donnée.
Î’sâ aleihissalâm, d’ailleurs, corrobore lui-même cela par ses
paroles: “Afin qu’il donne à tous ceux que tu lui as donnés, la
vie éternelle”. Puis expliquant la “vie éternelle”, il dit: “Et la vie
éternelle, c’est qu’ils te connaissent comme le seul Dieu
véritable et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ”. Il a attribué
par là à Allahu taâlâ la divinité et l’unicité et s’est déclaré luimême
son envoyé.
Pareillement la déclaration de Paul l’Apôtre, à son
sujet, lorsque, décrivant la résurrection, il dit: “Alors le
Fils se soumettra à celui qui lui a soumis toutes
choses”. Il attribue au Fils la soumission à Allahu ta’âlâ
lors de la Résurrection et c’est là fait des esclaves qui
sont soumis à la majesté divine. Il attribue, d’autre part,
à Allahu ta’âlâ, la puissance de soumettre toutes
choses à sa majesté, et c’est là le fait d’Allahu ta’âlâ.
Paul dit aussi dans son épître adressée aux
I Cor.
15-28
Eph. I
16-17
- 26 -
Ephésiens: “Je ne cesse de rendre grâces pour vous et
de faire mémoire de vous dans mes prières, afin que le
Dieu de Notre Seigneur Jésus - Christ, le Père de
gloire, vous donne l’esprit de sagesse et de
connaissance”. Il exprime clairement ici que le don est
sollicité du Dieu du Christ Jésus et ayant dépeint Dieu
comme le Père Glorieux, il le déclare le Dieu du Christ,
ce nom désignant chez eux la troisième essence.
Il a fait les mêmes déclarations dans le livre des
Epîtres, en disant: “Dieu est l’unique. Et le médiateur
entre les hommes et Dieu, c’est l’ homme Jésus-
Christ”. Un texte évangélique dit clairement à
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