REFUTATION EXCELLENTE (2)

Publié le par Ghazali

salam alaykoum

suite du livre

III. — LES THEORIES ECHAFAUDEES PAR LES
CHRETIENS ET LEUR REFUTATION

Quand l’adversaire se trouve ains acculé par les difficultés,
tu le vois, alors, changer comme un caméléon; trouve-t-il un
texte indiquant l’humanité, il le rapporte à la nature humaine;
rencontre-t-il un sens littéral pour lequel il est incapable de
trouver une explication, il l’apporte à l’appui de la nature divine!
Considère donc comment Allah a aveuglé celui qui fait de son
Dieu tantôt un homme et tantôt un Dieu. Combien Dieu est loin
au-dessus de ce qu’ils disent! Mais c’est cela qu’il nous faut
maintenant réfuter, sans en négliger les inconvenances et les
invraisemblances. Nous disons donc:
1 — Les Jacobites
Ils croient que Dieu a créé l’humanité de Jésus ceci: que
Dieu a eu avec cette humanité une connexion semblable à celle
de l’âme et du corps. Ensuite de cette connexion est sortie une
troisième substance, distincte de chacune des deux premières,
composée de nature divine et de nature humaine, douée de
tous les atributs de l’une et de l’autre, en tant qu’elle est à la
fois Dieu et homme. En établissant cette substance, ils sont
tombés dans des absurdités blasphématoires qu’ils auraient
mieux fait de tenir cachées. Mais le sot, s’il manque de
vergogne, en arrive à dire tout ce qui lui plaît! Ils ont ainsi
attribué à cette substance tous les caractères essentiels de
l’homme, avec tous ses tenants et ses aboutissants (toutes les
conséquences et tous les antécédents de son essence), et tous
ses attributs, ainsi que tout ce qui est requis pour la nature de
Dieu et tout ce qui lui répugne et tant qu’il est Dieu. Ils ont
affirmé enfin que cette substance était différente de chacun des
deux éléments, quoiqu’elle eût en commun avec l’un et l’autre
tout ce qui a été mentionné.
C’est le langage d’un homme dénué d’intelligence!
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Cette substance est celle qui est désignée par eux sous le
nom de Christ, et c’est là un égarement très grand et un
abandon de la vérité évidente. Vraiment, ils ressemblent,
comme on dit, à celui qui s’étant mis à la recherche d’un étalon
en état de gestation se prend, de guerre lasse, à rechercher
des oeufs de coq!
En effet, ils ont voulu établir entre l’essence divine et
l’essence de Hadrat Î’sa, une connexion pareille à celle qui relie
l’âme au corps. Ne pouvant y arriver, ils ont invoqué comme
argument la simple possibilité logique, sans le secours
d’aucune raison qui entraîne l’assentiment. Mais comment
peuvent-ils prétendre prouver l’existence d’une chose qui, en
fait, est impossible et qui ne peut exister d’aucune manière?
Qu’il s’agisse d’une chose impossible, la preuve en est que
l’existence de toute substance composée dépend de l’existence
de ses parties et de leur combinaison dans un rapport
déterminé. Elle a ainsi besoin pour exister de l’existence de ses
parties composantes. Et chacune de ses parties, pour être ce
qu’elle est, c’est-à-dire partie, avec ses qualités de partie,
entrant dans une composition spéciale, a besoin de s’adjoindre
d’autres parties. Or, l’hypothèse ici est que l’une des parties de
cette substance est la nature divine, l’autre étant la nature
humaine, et c’est cette dernière qui confère à la nature divine
d’être partie et d’entrer en composition spéciale, en
s’adjoignant à elle comme partie, puisque c’est par cette
opération qu’a été obtenu l’ensemble dont nous avons parlé.
Ainsi la nature divine aurait besoin de la nature humaine, ce
qui est impossible et manifestement erroné. Si encore on ne
veut pas signifer par “composition” une composition par
compénétration, union ou juxtaposition! Si c’est quelque chose
de ce genre que l’on avait voulu dire, l’égarement, serait plus
pernicieux encore. On dira peut-être également, avec certains
esprits stupides, que la nature de ce composé nous échappe. A
cela, nous répondrons qu’abandonner les principes d’une saine
raison pour en appeler à de l’inintelligible, c’est proprement
sottise et faiblesse d’esprit.
Nous ajoutons: il est clair que si Allahu ta’âlâ a créé cette
nature humaine, puis s’y est manifesté en s’unissant à elle, il
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Lui est donc survenu, après cette création, un attribut nouveau,
à savoir celui de s’unir à cette nature humaine et de se
manifester en elle. Or nous disons: si cet attribut est un attribut
nécessaire, il ne peut être qualifié de contingent[1]; s’il était
seulement contingent, on ne pourrait l’attribuer au Créateur, car
les attributs du Créateur sont tous nécessaires.
En effet, toute chose dont la non-existence entraîne une
contradiction, existe nécessairement. Or, quant aux attributs de
Dieu, leur non-existence entraînerait nécessairement une
contradiction manifeste.
On pourra objecter: “Si cette conclusion s’imposait, la
création du monde serait impossible, bien plus celle d’une
seule créature, car si Dieu créait une seule créature, il Lui
surviendrait un attribut nouveau, à savoir sa qualification par sa
création, et voilà ainsi ramenée la précédente contradiction”.
On y répond que cela ne s’ensuit d’aucune manière, car ce
qu’on veut signifier en disant qu’Allah est Créateur, c’est qu’IL
décrète la création de toute éternité et cet attribut est en Lui de
toute éternité. Quand donc IL crée une créature, la science qu’il
en a au moment de sa création et la puissance qu’IL a de la
produire à ce moment, sont l’une et l’autre en Lui de toute
éternité. Il n’y a donc de produit dans le temps que l’existence
de la créature et cette existence n’est pas un attribut qui se
toruve dans l’essence divine, mais dans l’essence de la
créature. Quant à la relation de l’existence à l’action de la
puissance divine sur elle, au moment où elle est créée, cette
relation rentre dans la catégorie des “Rapports et Relations”. Or
les rapports comme les relations ne sont pas des réalités
existantes. Ainsi le fait d’être au dessus ou au-dessous, d’être
Père ou fils. Ce sens est clair, tandis que ce qu’ils prétendent
plus haut ne l’est pas: en effet, si la divinité s’unit à la nature
humaine, cette union serait un attribut appartenant à l’essene
divine. Comme Allahu ta’âlâ est bien loin de cela!
[1] Nous traduisons par “contigence” le mot arabe 􀆭􀈁􀆾􀆷 pour plus de
commodité. Le sens des deux mots est d’ailleurs très voisin et à
l’origine c’était bien la signification du Latin “contingere”. “Mumkin-ul-
Vujud” signifie l’existence ou non-existence.
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Mais supposons même l’existence de cette substance. En
faire alors une troisième substance distincte de chacune des
natures divine et humaine, revêtue de tous les attributs
nécessaires à chacune d’elles, de toutes les conséquences, de
tous les antécédents, de tous les attributs de la nature de
l’homme, en tant qu’il est homme, d’une part, et de l’autre de
tout ce qu’il faut attribuer à Dieu comme Dieu, de tout ce qu’il
faut en écarter comme incompatible avec la divinité, pareil
langage est contradictoire et personne ne peut prétendre à le
prouver.
La preuve en est que l’on ne qualifie une chose par un
attribut que si cette qualification est possible. Cela établi, on ne
peut appliquer tout ensemble à cette substance les lois de la
nature divine et de la nature humaine; car tout ce que requiert
la nature divine en fait d’attributs et autres prérogatives, qui Lui
sont propres en tant qu’elle est divine, et qui la distinguent du
reste, tout cela si la troisième substance la possédait aussi, il
s’ensuivrait qu’elle devrait se confondre avec cette nature
divine elle-même. Il faudrait en dire autant de la nature
humaine, car cette troisième substance est commune aux deux
natures, participe à toutes les conséquences, à tous les
antécédents de chacune de ces deux natures, à toutes les
propriétés qu’elles possèdent en tant qu’elles sont nature divine
et nature humaine, selon ce qui a déjà été dit.
En effet, ceci posé, si l’on établissait par ailleurs la
distinction entre ces substances, il s’ensuivrait qu’on attribuerait
à quelque chose toutes les notes essentielles à l’homme,
constitutives de sa substance, avec tous ses accidents
nécessaires et tous ses accidents distinctifs, et l’on supposerait
pourtant que c’est une substance différente de la substance
humaine. Quelle évidente absurdité! En effet, si tous les
éléments essentiels à l’homme et qui le constituent, si tous les
accidents qu’il possède en tant qu’homme, se trouvaient réunis
dans un sujet, ils lui conféreraient nécessairement la nature
humaine et ne permattraient d’y admettre aucun caractère
étranger. Sinon, elles ne lui appartiendraient pas en tant
qu’homme, conformément à l’hypothèse. Ce serait là une
contradiction.
Par ailleurs, si cette troisième substance était une nature
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divine parfaite, elle aurait les attributs de la nature divine
parfaite. Or, parmi ces attributs de la divinité parfaite, il y a celui
de n’être point composée, partie de divinité et partie
d’humanité. Car il s’ensuivrait alors nécessairement que
l’essence divine aurait besoin de l’homme pour exister, et
qu’elle serait précédée dans l’existence et par lui et par ellemême.
Ceux qui ne sont pas frappés par des erreurs aussi
manifestes tiennent une vérité aussi fabuleuse que le Griffon!
Si l’on venait à dire: cette critique vaudrait si nous dotions
cette troisième substance de tout ce que réclame la divinité,
attributs et le reste, et de ce qui rentre dans la nature humaine,
prise comme substance. Mais si nous appliquons à chacune
des natures humaine et divine, les caractères et attributs qui lui
appartenaient avant la composition, pourquoi contestez-vous
que cela soit possible?
Nous répondons: Ces qualifications, nécessaires à chacune
des deux natures, en tant que divine et humaine, prises en
dehors de l’état de composition ne peuvent s’appliquer à cette
troisième substance. En effet, ce serait là spécifier un élément
séparé, en tant que séparé. Mais si l’on considère ces
qualifications dans le composé, il n’est plus possible qu’elles
aient toutes subsisté après la composition. Car, si tout ce qui
est requis pour chacune des deux natures séparées en tant
que telle, leur était demeuré après leur composition, il faudrait
que la troisième substance le possède aussi, et l’on ne peut
échapper alors à l’absurdité mentionnée, à savoir que la
troisième substance soit identiquement la nature divine et la
nature humaine, car elle partagerait avec elles deux tout ce qui
est requis pour chacune d’elle, en tant qu’elle est Dieu et en
tant qu’elle est homme.
Il est donc établi, par ce que nous venons de dire, qu’il n’est
pas possible de doter cette troisième substance des attributs
nécessaires pour chacune des natures divine et humaine, soit
qu’on les considère à l’état de composition, soit qu’on les
considère à l’état séparé.
Ce sont là des considérations très subtiles. Il faut les bien
comprendre. Celui de nos adversaires qui ignore la nature du
composé, pense qu’il peut échapper aisément à cette
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absurdité. Il croit qu’il échappera à ces difficultés par des
comparaisons. Mais ces comparaisons ne valent pas pour le
problème en question. Il dira: On s’entend à attribuer à l’homme
la corporéité, la sensibilité, la croissance, le changement, la
mortalité, la localisation dans l’espace; on lui attribue aussi le
langage, la perception de l’universel et de l’individuel ainsi que
l’intellection et bien d’autres choses encore qu’il faut rapporter à
l’âme. Or tous ces caractères ne sont pleinement déterminés
que si l’on considère à part le corps, et l’âme en tant que tels.
Ce radotage est manifestement sans portée dans le cas qui
nous occupe ici. Ils croient que la troisième Substance est à la
fois homme parfait et Dieu parfait, et que tout ce qui appartient
à l’homme Lui appartient, et pareillement tout ce qui est de
Dieu. Il faudrait donc un exemple qui réponde exactement à
cette doctrine. Pour cela il faudrait démontrer qu’il est exact de
dire de l’homme qu’il est une forme séparée, qu’il n’est point un
corps, ni vivant dans un corps, ni circonsrit dans un lieu, qu’il
est éternel, soustrait à la mort. Car ici ils font appel à la
philosophie. Il leur faudrait ainsi attribuer à l’homme ce qui est
attribué à l’âme en tant qu’âme, puis lui attribuer également le
contraire, c’est-à-dire ce qui est attribué au corps animé en tant
que corps, et dire alors que c’est un genre naturel que l’on
trouve réalisé dans des individus, divers par définition et par
essence et qu’en même temps c’est seulement une partie du
genre et qu’il est localisé, mobile, corruptible. A mon avis, celui
qui s’obstine à doter la troisième Substance de toutes les
contradictions ci-dessus, celui-là n’est pas loin de nier la
nécessité logique elle-même et d’être contraint d’admettre cela
même qu’il nie. Y a-t-il, en effet, une différence! Il est
surprenant, vraiment, d’être aveuglé sur des questions aussi
claires. Et si l’on y croit malgré leur incohérence, l’aberration est
encore plus grande!
Si l’on dit: Tout cela s’imposerait si le composé dont nous
parlons, était par compénétration et mélange. Mais nous
entendons par la composition de cette substance une
composition morale qui revient à une relation morale entre la
nature divine et la nature humaine.
La réponse est que nous avons déjà montré l’inutilité d’une
pareille relation, pour le but qu’ils poursuivent, la relation fût-elle
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générale ou limitée.
2 — Les Melkites
La théorie ci-dessus, au sujet de la troisième Substance est
attribuée au système Jacobite. Quant aux Melkites, ils ont une
théorie pire que celle-là. Tu jugeras par toi-même, en
l’entendant exposer, combien les opinions de ces
communautés font la risé des hommes raisonnables. Tu verras
aussi comment Allah a égaré par elles des gens qu’il a voulu
égarer, en les enfonçant dans leur coeur et dans leur esprit.
Nous disons donc: ils croient que la nature humaine et la
nature divine en Jésus, sont deux natures distinctes et qu’il n’y
a entre elles ni mélange ni compénétration, mais que chacune
d’elles garde tous les attributs qui lui sont propres. Ils croient
que le Messie est une hypostase de la nature divine seulement,
laquelle est une substance simple, tirée des deux natures
mentionnées et unie à l’homme universel.
Considère donc l’incohérence de ce langage et son
absurdité, et comment Dieu l’a suggéré à l’esprit de ceux qu’il
veut égarer et détourner de la vérité manifeste. Ils considèrent
ainsi la substance divine comme issue à la fois de la substance
de l’homme et d’elle-même, puis ils lui attribuent une union
avec l’Homme Universel, alors que l’Homme Universel n’a pas
d’existence hors de l’esprit. Elle serait donc unie à ce qui n ’a
pas d’existence objective, et il découlerait nécessairement
d’une théorie aussi honteuse que le Crucifié lui-même serait
Dieu! Loin d’Allahu taâlâ pareille chose.
Nous pouvons tirer de l’opinion qui vivent d’être mentionnée,
le syllogisme suivant:
Le Christ a été crucifié;
Or, rien de ce qui a été crucifié n’est Dieu;
Donc rien du Christ n’est Dieu.
Ils ne peuvent nier la majeure, car pour eux, la substance du
Christ n’est pas composée, et ce à quoi elle est unie n’a pas
d’existence réelle hors de l’esprit.
Cela reviendrait d’ailleurs à dire que le Christ crucifié
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possède une relation à l’Homme Universal qui n’existe que
dans l’esprit. Mais cela n’écarte pas la difficulté à laquelle ils ont
été acculés.
En effet, nous avons déjà montré que les relations n’ont pas
d’existence propre. En outre, alors même que nous leur
reconnaîtrions l’existence, ce ne serait point là pour eux une
échappatoire car, ni aux relations, ni à l’Homme Universel, on
ne peut attribuer la crucifixion, ni la douleur.
Si l’on dit: Mais l’espèce universelle naturelle a une
existence objective,
nous répondons: Si c’est cela qu’on veut dire, il faudrait
alors que Dieu soit uni à chacun des hommes.
Si l’on répond: Ce que l’on veut exprimer ici, c’est le
privilège particulier de la portion d’humanité prise par Jésus, en
prescindant de ses notes individuelles qui le distinguent des
autres hommes,
nous répondons: c’est là une considération toute
conceptuelle qui n’a aucune réalité objective. De plus la réalité
de cette portion elle-même est conditionnée par l’existence de
ses notes individuelles. Cela revient donc à l’union avec un
homme individuel. Nous réfuterons cette opinion sous peu.
En outre, si l’on s’imaginait que cette substance divine est
tirée de la substance humaine et de la substance d’Allah luimême,
il s’ensuivrait nécessairement que la cause qui a
actualisé cette substance divine avec tous les attributs qui lui
revenaient alors des deux autres substances, aurait précédé
dans l’existence cette même substance divine, ornée de tous
les attributs mentionnés, et donc l’existence de la substance
divine ainsi qualifiée serait précédée par l’existence de la
substance humaine, comme aussi par sa propre existence. Or,
les attributs d’Allahu taâlâ sont des attributs nécessaires et sont
possédés de toute éternité par son essence. Mais l’une des
substances qui est la condition de l’existence de la substance
divine en possession des attributs mentionnés, se trouve être
une substance humaine dont la création dans le temps est
chose indiscutable. Comment serait-elle alors condition de ce
qui existe de toute éternité?
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Tout cela si l’on entend l’expression: “issue de” dans ce
sens que l’essence divine a acquis un nouvel attribut en créant
l’humanité. Mais si l’on voulait dire que les deux substances
sont condition de l’existence même de l’essence divine, ce
serait là le langage d’un être dénué de raison.
Cette théorie est celle de leurs anciens. Quant aux
modernes, ils disent identiquement la même chose, sauf pour
l’union. Ils disent, en effet, que le Christ possède une union
avec un homme particulier. Chez les deux partis, le “Christ”
désigne l’hypostase de la substance divine seulement. Et cette
substance est pour les deux partis également une substance
simple, tirée des deux autres substances, à savoir la substance
de Dieu et l’humanité de Jésus. De plus ils s’accordent à dire
que chaque substance subsiste avec tous ses attributs, sans
mélange ni fusion, mais que chacune d’elles continue à garder
son essence propre. Quant au Christ qui est l’hypostase de la
substance divine seulement, ils déclarent qu’il a été crucifié. Ce
second parti aboutit ainsi inévitablement aux mêmes difficultés
auxquelles le premier a été amené.
Pour les premiers, il en a été clairement question plus haut;
quant aux seconds, comme ils déclarent que le Christ est
l’hypostase de la substance divine seulement, et comme ils
croient que cette substance divine n’est pas composée, et qu’il
n’y a entre elle et la substance humaine aucun mélange ni
fusion, et comme ils affirment avec cela sa crucifixion, il faut
donc nécessairement que le Crucifié soit Dieu lui-même.
Si l’on dit: chacun des deux partis affirme qu’il y a union.
Pourquoi donc la crucifixion ne se rapporterait-elle pas à l’autre
terme de l’union?
Nous répondons: Cette théorie, ils ne peuvent l’établir en
aucune manière. Les anciens, parce que l’autre terme de
l’union n’a de réalité que dans l’esprit et parce que la substance
du Christ, pour eux, n’est pas composée. Les modernes, eux,
disent aussi la même chose. L’union chez eux, à un homme
particulier, revient à une relation, et il est surprenant de les voir
attribuer la crucifixion au Christ, alors qu’il est l’hypostase de la
substance divine seulement.
Ils reconnaissent ensuite que cette union n’est pas
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compréhensible dans sa nature. Comment est-il donc permis à
un homme raisonnable d’attribuer la crucifixion à Christ qui est
l’hypostase de la substance divine seulement, et de se déclarer
par ailleurs ignorant de la nature de cette union, alors que l’on
s’était basé sur la connaissance que l’on en avait, pour
rapporter la souffrance à l’Homme et de se garder de l’attribuer
à Dieu!
Le plus fort en tout cela, c’est ce recours à ce dont on ignore
la nature, alors qu’il s’offre une issue toute indiquée pour
échapper à cet aveuglement; Quelle excuse invoque-t-il donc
celui qui s’imagine s’attacher au sens littéral, à cause des
passages indiquant l’union ou à cause des prodiges accomplis
par la main du Christ? C’est l’aveu d’une ignorance qui est de
nature à voiler la vérité.
Mais celui qui ignore les postulats de la Science et n’y
trouve point une lumière pour le garder de l’erreur, en vient
facilement à soutenir de pareilles théories.
Pour l’union, nous avons déjà dit qu’elle s’appliquait
à d’autres que Hadrat Î’sa, et nous l’avons établi de la
manière la plus claire. Quant aux prodiges accomplis
par ses mains, par voie de demande et de prière, on en
a reconnu de semblables chez d’autres que lui parmi
les prophètes. Comment d’ailleurs le nierait-on? Il
implore et prie pour ressusciter Lazare, quand ayant
levé les yeux au Ciel, il dit: “Père, je te rends grâce
parce que tu m’exauces, et je sais que tu m’exauces
en tout temps, mais à cause de cette foule présente
afin qu’ils croient que tu m’as envoyé”. Il demande à
Allahu ta’âlâ, qui seul peut l’accorder, de sanctifier ses
disciples et de les garder, en disant: “Sanctifie-les dans
ta véerité, et garde-les en ton Nom que tu m’as donné”.
Et encore il prie et implore, ne sachant s’il pourra
échapper à la Croix, lorsqu’il dit: “Si c’est possible, que
ce calice s’éloigne de moi. Cependant non selon ma
velonté, mais selon la tienne”. C’est lui qui interroge
son Dieu et lui demande pourquoi IL l’a abandonné, il
dit: “Eloï, Eloï [mon Allah] pourquoi m’as tu
abandonné?” Il se défend de posséder la connaissance
qui appartient à Allah seul, en disant: “Quant à ce jour
Act.
2-22
Jo.
17-11
Matt.
26-39
Jo.
8-39
Mc
15-34
Mc.
13-32
- 40 -
et à cette heure... ni le Fils, mais le Père seul”. Il
proclame ouvertement sa qualité d’homme et d’envoyé
en disant: “(Moi), un homme qui vous ai parlé de la
Vérité que J’ai entendue de l’Eternel”. Il conforme ses
jugements à ce qui lui est ordonné: “Je parle suivant
que le Père m’a prescrit”. A lui, il est rendu témoignage
par la bouche d’un de ses principaux disciples, qui fait
son éloge pour les prodiges que Dieu accomplissait par
ses mains: “Jésus de Nazareth[1] est cet homme qui a
paru au milieu de vous accomplissant les prodiges et
les signes que Dieu opérait par lui”.
Puisque telle est sa condition, comment un homme
raisonnable peut-il recourir à ce dont il ignore la nature, alors
qu’il lui serait facile de comprendre, et comment repousse-t-il
ce qui est suivant la raison et la tradition?Ê
3 — Les Nestoriens
Quant aux Nestoriens, ils disent que l’union a eu lieu dans la
volonté. C’est là un langage vague qu’il faut préciser. S’ils
veulent dire par là que la volonté de Î’sa (aleihissalâm) est
conforme à la volonté d’ Allahu ta’âlâ pour les cinq catégories
d’actes, ne se séparant d’elle en rien de ce qui est prescrit ou
défendu, ni en ce qui est recommandé, condamné ou permis,
cela est vrai aussi de tous les prophètes et même des saints
qui ne sont cependant pas au rang des prophhètes.
Mais s’ils veulent dire au contraire que toute chose sur
laquelle se porte la volonté divine, la volonté du Christ s’y porte
également, c’est une erreur qu’un homme raisonnable ne
saurait même concevoir, encore moins tenir pour une croyance.
En effet, comment avoir pareille prétention, alors que la
volonté divine avait résolu, d’après eux, la crucifixion du Christ,
crucifixion que lui[1] ne voulait pas, à laquelle sa volonté se
[1] La petite ville où ‘Îsâ aleihissalâm naquit.
[1] Allahu ta’âlâ n’avait pas voulu, à l’étérnel passé, la crucifixion de ‘Îsâ
aleihissalâm. Au lieu de Hadrat ‘Îsâ, on avait crucifié Judas transformé
en ‘Îsâ par Allahu ta’âlâ. Il était l’un des douze apôtres; mais ensuite il
trahit ‘Îsâ alehissalâm et ainsi il fut renégat.
15-34
Mc.
13-32
Jo.
8-39
Jo.
8-40
- 41 -
refusait. A preuve sa prière, où il demande à Allahu ta’âlâ
d’écarter cela, en lui disant: “Si c’est possible, que ce calice
s’éloigne de moi, cependant non selon ma volonté, mais selon
la tienne”! Il y exprime clairement la divergence entre les deux
volontés. De même sa plainte douloureuse lorsqu’il s’informait
du motif par ses paroles: “Eloï Eloï [mon Allah], pourquoi, m’astu
abandonné?” qui montrent bien que ce motif, il l’ignorait.
En outre celui qui ignore ce que sera un événement,
comment sa volonté peut - elle en désirer l’accomplissement?
Or, l’on sait que la volonté du Christ, a désiré que tous les
enfants d’Israël se mettent à sa suite et se rallient autour de la
vérité. C’est là d’ailleurs le cas de tous les Prophètes chargés
de guider les peuples. Or, la volonté d’Allahu ta’âlâ n’avait point
le même objet, mais l’objet contraire, puisqu’en fait le premier
ne s’est pas réalisé! De même pour l’Heure: La volonté divine a
décidé qu’elle viendrait à un moment déterminé, alors que le
Messie ignore quel est ce moment fixé. Comment peut-il donc y
attacher sa volonté? De plus, il s’est dirigé vers le figuier. La
volonté divine a voulu qu’il s’y dirigeât alors que l’arbre ne
portait pas de fruits; mais le Messie, lui, s’y est dirigé, ignorant
le véritable objet de cette volonté divine. Pareils faits sont
nombreux. Qu’on les cherche aux endroits où ils sont. Nous
nous abstenons ici de nous y étendre, uniquement parce que
c’est chose facile à trouver.

suite  IV. - LES DIFFERENTES APPELLATIONS
DONNEES A JESUS 
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Publié dans études pro-islamique

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